Par Aurélie, M2M Network.
Un drone 4G ou 5G embarque un modem cellulaire et une carte SIM pour transmettre sa vidéo et recevoir ses commandes par le réseau mobile, ce qui permet de le piloter ou de le superviser au-delà de la portée de sa radiocommande. En Europe, ce vol hors vue relève de la catégorie « spécifique » du règlement (UE) 2019/947 : déclaration selon un scénario standard ou autorisation de la DGAC après analyse de risque. Côté fréquences, la CEPT a fixé en 2022 les conditions d’usage des terminaux aériens en LTE et en 5G NR (décision ECC/DEC/(22)07), mais la France y figure encore comme mise en œuvre « prévue », et nous n’avons trouvé ni décision de l’Arcep ni offre d’opérateur français dédiée aux drones.
À quoi sert la 4G sur un drone
La liaison radio directe entre une radiocommande et un drone a une portée limitée par la puissance et les obstacles. Le réseau mobile prend le relais en s’appuyant sur les antennes existantes. Les usages professionnels se rangent en trois familles :
- la transmission vidéo et de données : inspection d’ouvrages, surveillance de sites, suivi de chantiers, avec des images envoyées en direct vers un poste distant ;
- la téléopération et le vol hors vue (BVLOS, beyond visual line of sight) : le télépilote opère depuis un centre distant ;
- les drones automatiques en station (« drone-in-a-box ») : le drone décolle de sa base, effectue sa mission et revient se recharger, sans personne sur place.
Ces usages existent déjà. En juin 2023, Parrot a réalisé avec son drone ANAFI Ai un vol entièrement autonome en 4G/5G de 15 km aller et retour, en 25 minutes, dans un corridor d’essai de 22 km en périphérie de Paris, approuvé par les autorités après une analyse de risque SORA. En Espagne, Telefónica commercialise depuis avril 2026 un service de drones pilotés à distance depuis son centre de supervision, qui combine connectivité 5G, stations automatiques et gestion des autorisations de vol, et qui a déjà servi à la prévention des incendies de forêt à Cuacos de Yuste.
Côté grand public, certains fabricants vendent un modem 4G additionnel. DJI propose ainsi un dongle cellulaire qui s’appuie sur la 4G pour contourner obstacles et interférences ; le fabricant demande d’acheter la carte SIM auprès d’un opérateur local et de consulter les lois locales avant usage. Ce module vise à fiabiliser la liaison, mais ne change pas les règles de vol : en catégorie ouverte, le drone doit rester en vue du télépilote.
Drone 4G : quels débits et quelle latence selon le 3GPP
La spécification 3GPP TS 22.125 (Release 19, publiée par l’ETSI en janvier 2026) décrit les exigences des systèmes de drones (UAS) sur les réseaux mobiles. Elle demande que le réseau serve des drones jusqu’à 120 m au moins au-dessus du sol, et chiffre les besoins par mode de pilotage :
| Usage | Débit ou volume | Latence de bout en bout |
|---|---|---|
| Navigation par points de passage (commandes) | Message d’environ 100 octets, une fois par seconde ou moins | 1 s |
| Pilotage manuel direct au manche | Message de 24 octets toutes les 40 ms, avec retour vidéo obligatoire | 40 ms |
| Vidéo d’aide au pilotage, vol en vue | 2 Mbit/s en 480p | 1 s |
| Vidéo d’aide au pilotage, vol hors vue | 4 Mbit/s en 720p à 30 images par seconde | 140 ms |
| Diffusion vidéo 1080p | 9 Mbit/s en montée | 100 ms |
| Pilotage à distance par vidéo HD | 25 Mbit/s ou plus en montée | 100 ms |
Les commandes pèsent très peu : c’est la vidéo qui dimensionne la liaison, et elle circule dans le sens montant, du drone vers le réseau. Une vidéo à 4 Mbit/s représente environ 1,8 Go par heure de vol, un flux 1080p à 9 Mbit/s environ 4 Go par heure. Un forfait de quelques gigaoctets par mois ne couvre donc que quelques heures de vol avec vidéo. Pour des usages lourds, la même spécification cite 100 Mbit/s en montée pour une diffusion en 8K et 120 Mbit/s pour la cartographie laser.
Ce que disent les règles européennes et françaises
Le vol : catégorie spécifique et DGAC
Le règlement d’exécution (UE) 2019/947 classe les opérations de drones en catégories ouverte, spécifique et certifiée. Selon l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA), un vol hors vue sort des limites de la catégorie ouverte et relève de la catégorie spécifique. En France, la DGAC indique que l’exploitant s’enregistre sur le portail AlphaTango, puis opère soit par déclaration selon les scénarios standard européens STS-01 et STS-02 (drones de classe C5 et C6), soit avec une autorisation d’exploitation délivrée par la DSAC après étude d’une analyse de risque selon la méthode SORA. Les scénarios nationaux S-1, S-2 et S-3 n’existent plus depuis le 1er janvier 2026, et depuis le 1er janvier 2024 les drones de la catégorie spécifique doivent porter un dispositif de signalement électronique européen.
La liaison de commande fait partie de l’analyse. Dans les moyens acceptables de conformité publiés par l’EASA pour la méthode SORA, l’objectif OSO #06 demande que les caractéristiques de la liaison de commande, de contrôle et de communication (C3), par exemple ses performances et son usage du spectre, soient adaptées à l’opération. Plusieurs scénarios prédéfinis supposent d’ailleurs une liaison directe : le PDRA-G03 vise des opérations hors vue « à une distance permettant un lien C2 direct ». Un dossier qui s’appuie sur le réseau mobile doit donc justifier la couverture et la performance de ce réseau sur la zone de vol.
Les fréquences : la décision ECC/DEC/(22)07 de la CEPT
Un terminal mobile en vol peut perturber d’autres services radio : la Conférence européenne des administrations des postes et télécommunications (CEPT) a donc adopté le 18 novembre 2022 la décision ECC/DEC/(22)07, modifiée en dernier lieu le 6 mars 2026. Elle harmonise les conditions d’usage des « terminaux aériens » en LTE et en 5G NR dans les bandes 703-733 MHz, 832-862 MHz, 880-915 MHz, 1710-1785 MHz, 1920-1980 MHz, 2500-2570 MHz et 2570-2620 MHz. Ses principaux points :
- le terminal aérien prend en charge les fonctions UAS, exige un abonnement « aérien » et s’identifie au réseau comme tel ; la décision suppose un mécanisme qui le distingue d’un terminal ordinaire et que l’utilisateur ne peut pas modifier ;
- dans les bandes 880-915 MHz et 1920-1980 MHz, aucune condition supplémentaire n’est requise ; dans les autres, des limites d’émission hors bande et des zones nationales d’interdiction d’émettre protègent la météorologie par satellite, la radioastronomie et les radars ;
- en bande 703-733 MHz, le terminal ne doit pas émettre à moins de 30 m du sol, pour protéger la télévision numérique terrestre : décollage et atterrissage se font sur une autre bande ;
- le texte ne traite pas de la réglementation aéronautique et s’applique sans préjudice des catégories de vol européennes ;
- les études reposent sur les stations de base existantes, conçues pour couvrir le sol, et la CEPT note que les opérateurs n’envisagent pas de planification spécifique pour ces usages aériens.
Et en France ?
Une décision ECC ne produit d’effet qu’une fois mise en œuvre par chaque administration. Dans la base de suivi du Bureau européen des communications (ECO), consultée le 21 octobre 2026, la France déclare une mise en œuvre « prévue » (mise à jour du 22 août 2024), alors que huit pays l’ont mise en œuvre et que certains, comme le Danemark, attendent une décision d’exécution de la Commission européenne. Nous n’avons trouvé ni décision de l’Arcep ni offre publique d’Orange, SFR, Bouygues Telecom ou Free dédiée aux drones. L’Arcep délivre en revanche des autorisations de fréquences temporaires à titre expérimental, sur demande préalable, et cite les systèmes de drones parmi les essais possibles.
En pratique, avant de mettre une carte SIM dans un drone professionnel : vérifiez auprès du fournisseur de la carte que l’abonnement autorise un usage à bord d’un aéronef, décrivez la liaison mobile dans votre dossier d’exploitation, et mesurez la couverture à l’altitude de vol, pas au sol.
3GPP : identifier les drones sur le réseau mobile
Le 3GPP a étudié le sujet en Release 15, avec le rapport TR 36.777 « Enhanced LTE support for aerial vehicles ». La spécification TS 22.125 fixe aujourd’hui les exigences : le réseau doit pouvoir distinguer un drone d’un terminal ordinaire grâce aux données d’abonnement, détecter un terminal connecté qui vole sans abonnement aérien et le suivre, permettre au drone de transmettre au service de gestion du trafic des drones (UTM) des identifiants comme l’IMEI, le MSISDN ou l’IMSI selon la réglementation, et compléter sa position par des informations du réseau. Elle prévoit aussi qu’un drone et sa radiocommande puissent être connectés en même temps à deux réseaux différents.
L’architecture correspondante figure dans la TS 23.256, dont les premières versions relèvent de la Release 17 : identification, authentification et autorisation des drones auprès du fournisseur de services UTM (procédure UUAA), suivi par le réseau, traitement des drones non autorisés et révocation d’une autorisation. Elle distingue l’identification à distance diffusée directement par radio (Broadcast Remote ID) de celle transmise par le réseau à un fournisseur de services (Networked Remote ID). Côté industrie, la GSMA et l’association GUTMA mènent l’initiative ACJA (Aerial Connectivity Joint Activity), qui travaille notamment sur un profil de service aérien standard et sur l’échange de données entre opérateurs mobiles et gestion du trafic des drones.
Ces fonctions supposent un abonnement aérien reconnu par le réseau, que les opérateurs français ne proposent pas publiquement à notre connaissance. C’est ce qui distingue un drone des autres machines connectées, comme les robots tondeuses 4G ou les robots autonomes, qui utilisent des abonnements ordinaires.
Drone carte SIM : choisir la carte et le forfait
- Vérifier le cadre : catégorie de vol, scénario standard ou autorisation de la DSAC, et accord écrit du fournisseur de la carte pour un usage aérien.
- Dimensionner le volume à partir de la vidéo : environ 1,8 Go par heure à 4 Mbit/s et 4 Go par heure à 9 Mbit/s, multipliés par les heures de vol du mois ; pour une activité irrégulière, une offre à la consommation évite de payer un gros forfait inutilisé.
- Choisir le réseau : sur une zone de vol fixe, la carte sur le réseau le mieux reçu en altitude ; pour des missions qui changent de lieu, une carte SIM multi-opérateur, en sachant qu’une bascule de réseau n’est pas instantanée et que le drone doit avoir un comportement de repli défini.
- Privilégier le débit montant, et la 5G là où elle est disponible pour la vidéo haute définition.
- Recevoir le flux sans l’exposer : une IP fixe permet de joindre le drone ou sa station ; un APN privé fait arriver la vidéo directement sur le serveur de l’exploitant sans passer par Internet.
- Équiper la station au sol : une station automatique a elle aussi besoin d’une liaison, assurée par un routeur 4G si le site n’a pas d’accès fixe.
- Tester en vol : couverture, débit montant et latence à l’altitude et sur le trajet réels, avant la première mission.
Le format de la carte, physique ou eSIM, se choisit selon ce qu’accepte le modem du drone ou de la station ; les différences sont expliquées dans notre guide eSIM M2M et IoT.
Ce que propose M2M Network
M2M Network fournit des cartes SIM M2M sur le réseau Orange, SFR ou Bouygues Telecom, au choix, et des cartes SIM IoT multi-opérateurs qui basculent automatiquement d’un réseau à l’autre, en SIM physique ou en eSIM, avec les options IP fixe, 5G et APN privé. Une offre de données à la consommation, facturée au Mo, figure dans la boutique à côté des forfaits. Pour une station au sol ou une remontée vidéo vers un serveur hébergé en France, ces cartes s’utilisent comme pour tout équipement connecté. Pour un usage à bord du drone lui-même, interrogez-nous avant toute commande, pour les raisons exposées plus haut.
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Questions fréquentes
Nous n’avons trouvé aucun texte de l’Arcep ni offre d’opérateur français qui encadre spécifiquement cet usage. Le cadre européen des fréquences (ECC/DEC/(22)07) prévoit des terminaux aériens dotés d’un abonnement aérien et identifiés par le réseau, mais la France l’indique comme « prévu ». Faites valider l’usage aérien par le fournisseur de la carte et décrivez la liaison dans votre dossier auprès de la DSAC.
Elle prolonge la portée de la liaison, mais le vol hors vue reste soumis aux règles aériennes : il relève de la catégorie spécifique, avec une déclaration selon le scénario STS-02 ou une autorisation de la DSAC après analyse SORA. En catégorie ouverte, le drone doit rester en vue du télépilote, avec ou sans 4G.
Surtout la vidéo : avec les débits de référence du 3GPP, environ 1,8 Go par heure à 4 Mbit/s (720p) et 4 Go par heure à 9 Mbit/s (1080p). Les commandes de vol, de quelques dizaines à quelques centaines d’octets par message, pèsent très peu.
Pas forcément : les commandes et une vidéo 720p demandent quelques Mbit/s en montée selon le 3GPP. Les besoins de 100 à 120 Mbit/s en montée que cite la TS 22.125 pour la vidéo 8K ou la cartographie laser relèvent en revanche de la 5G.
C’est un abonnement qui identifie la carte comme celle d’un terminal aérien. La décision ECC/DEC/(22)07 suppose ce mécanisme, non modifiable par l’utilisateur, pour que l’opérateur reconnaisse les drones et applique les restrictions de fréquences ; le 3GPP prévoit aussi qu’un réseau détecte un terminal en vol qui n’en dispose pas.
C’est utile quand les missions changent de lieu, car la couverture en altitude dépend du réseau et se vérifie sur place. Mais une bascule de réseau n’est pas instantanée : la liaison et le drone doivent tolérer une coupure, avec un comportement de repli défini à l’avance.
Sources
- CEPT, ECC Decision (22)07 sur les terminaux aériens LTE et 5G NR (approuvée le 18 novembre 2022, modifiée le 6 mars 2026) : https://docdb.cept.org/download/4925
- ECO (CEPT), état de mise en œuvre de l’ECC/DEC/(22)07 : https://docdb.cept.org/implementation/28575
- 3GPP TS 22.125 V19.2.0 (ETSI TS 122 125, janvier 2026), Unmanned Aerial System (UAS) support in 3GPP : https://www.etsi.org/deliver/etsi_ts/122100_122199/122125/19.02.00_60/ts_122125v190200p.pdf
- 3GPP TS 23.256 V19.5.0 (ETSI TS 123 256, janvier 2026), Support of Uncrewed Aerial Systems connectivity, identification and tracking : https://www.etsi.org/deliver/etsi_ts/123200_123299/123256/19.05.00_60/ts_123256v190500p.pdf
- ETSI, répertoire des versions publiées de la TS 123 256 : https://www.etsi.org/deliver/etsi_ts/123200_123299/123256/
- 3GPP, TR 36.777 Enhanced LTE support for aerial vehicles (Release 15) : https://portal.3gpp.org/desktopmodules/Specifications/SpecificationDetails.aspx?specificationId=3231
- EASA, Specific category civil drones : https://www.easa.europa.eu/en/domains/drones-air-mobility/operating-drone/specific-category-civil-drones
- Ministère chargé des transports (DGAC), Exploitation de drones en catégorie spécifique (mis à jour le 13 juillet 2026) : https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/exploitation-drones-categorie-specifique
- EASA, AMC et GM au règlement d’exécution (UE) 2019/947, Issue 1, Amendment 1 (ED Decision 2020/022/R) : https://www.easa.europa.eu/en/downloads/120996/en
- Arcep, Expérimenter et innover grâce aux réseaux mobiles (mis à jour le 9 juillet 2026) : https://www.arcep.fr/mes-demarches-et-services/entreprises/experimenter-et-innover-grace-aux-reseaux-mobiles.html
- GSMA, Aerial Connectivity Joint Activity : https://www.gsma.com/iot/aerial-connectivity-joint-activity/
- Parrot, Parrot conducts first French BVLOS approved corridor flight with ANAFI Ai (22 juin 2023) : https://www.parrot.com/en/newsroom/parrot-conducts-first-french-bvlos-approved-corridor-flight-anafi-ai
- Telefónica, Telefónica lanza en T_Space su servicio comercial pionero de drones pilotados en remoto (10 avril 2026) : https://www.telefonica.es/es/wp-content/uploads/sites/10/2026/04/ndp_T_Space_Telefonica_10042026.pdf
- DJI Store, Dongle 2 cellulaire DJI : https://store.dji.com/ch/product/dji-cellular-2