Par Aurélie, M2M Network.
Le roaming IoT consiste à connecter des objets à l’étranger avec une carte SIM unique, utilisée en itinérance sur les réseaux locaux. C’est l’une des trois stratégies possibles, avec la SIM locale (une carte d’un opérateur de chaque pays) et l’eSIM dans laquelle on télécharge un profil local. Le roaming est le plus simple à déployer mais dépend des accords d’itinérance et des pays qui limitent l’itinérance permanente ; la SIM locale est la plus conforme mais multiplie contrats et références ; l’eSIM garde une seule référence matérielle et charge un profil local là où il est exigé, au prix d’une gestion de profils plus technique.
Le bon choix dépend de la durée de séjour des objets, du nombre de pays, de la latence tolérée et des règles locales. Ce guide compare les trois options, explique la question de la sortie Internet (home routing ou local breakout), passe en revue la réglementation et illustre les choix par secteur.
Roaming IoT : une carte, plusieurs pays
Une carte SIM en itinérance garde l’identité de son opérateur d’origine et se connecte, à l’étranger, aux réseaux avec lesquels celui-ci a signé un accord. Dans son rapport de décembre 2024 sur le M2M et l’itinérance permanente, l’ORECE (BEREC en anglais, l’organe des régulateurs européens) recense les principales solutions de gros sur ce marché : l’accès direct à l’itinérance de gros, la revente d’itinérance de gros, l’itinérance « sponsorisée » au moyen d’une identité (IMSI) d’un autre opérateur, et l’usage de profils locaux dans les pays où l’itinérance permanente M2M est interdite ou restreinte.
L’intérêt du roaming est d’abord logistique. L’ORECE décrit le cas d’un module assemblé et testé dans un pays, intégré à un produit dans un autre, puis vendu dans un troisième, sans que la destination soit toujours connue au moment de l’assemblage : maintenir une chaîne de production par type de carte serait très coûteux, et l’itinérance supprime cette complexité. Ses limites sont contractuelles et réglementaires : dans l’Union, l’itinérance permanente relève de la négociation entre opérateurs ; ailleurs, certains pays la refusent ou l’interdisent. Notre article sur l’itinérance permanente des objets connectés détaille ces règles, et celui sur la carte SIM multi-opérateur le fonctionnement d’une carte qui change de réseau.
SIM locale : la conformité, au prix de la multiplication
Une SIM locale est émise par un opérateur du pays de déploiement. Elle n’est pas en itinérance : aucune clause contre l’itinérance permanente ne la vise, et elle accède aux technologies que l’opérateur ouvre à ses clients nationaux. En contrepartie, chaque pays ajoute un contrat, une référence de carte, une logistique et souvent une interface de gestion distincte. Les formalités locales s’appliquent aussi : selon Cullen International, 15 pays européens sur 31 exigent l’enregistrement des cartes SIM IoT et M2M, et l’Arabie saoudite comme les Émirats arabes unis imposent une authentification biométrique pour l’enregistrement des cartes SIM.
Pour un fabricant, la difficulté tient au moment où l’on connaît le pays de destination : si c’est à l’expédition, la carte doit être choisie, voire changée, en fin de chaîne. La SIM locale convient mieux à un grand parc installé durablement dans un seul pays étranger qu’à des produits dispersés.
eSIM avec profil local : une référence, des profils par pays
Une eSIM (eUICC) peut recevoir à distance le profil d’un opérateur. La GSMA a publié en juillet 2023 la spécification SGP.32, conçue pour les objets sans écran et aux capacités réseau limitées, qui permet de changer de profil de connectivité sans intervention physique ; la spécification M2M plus ancienne sert surtout l’automobile et l’industrie. Concrètement, un objet peut quitter l’usine avec un premier profil utilisé en itinérance, puis recevoir le profil d’un opérateur local une fois installé dans un pays qui l’exige. Le fonctionnement de la norme est détaillé dans notre article sur la norme eSIM SGP.32.
La contrepartie : il faut des accords avec des opérateurs qui fournissent leurs profils, une plateforme qui les orchestre, et parfois des règles locales sur cette plateforme. En Inde, le ministère des télécommunications (DoT) encadre depuis juin 2025 les serveurs de gestion des eSIM M2M (SM-SR) : ils doivent être certifiés selon le programme de sécurité de la GSMA (SAS-SM), l’intégration avec un opérateur indien doit aboutir en trois mois et le changement de serveur en six mois, à la demande du fournisseur de services M2M. En Turquie, une décision de l’autorité BTK de février 2019 impose que les infrastructures et serveurs des eSIM programmables à distance soient établis par un opérateur autorisé et situés dans le pays.
Les trois stratégies comparées
| Critère | Roaming (SIM unique en itinérance) | SIM locale par pays | eSIM avec profil local |
|---|---|---|---|
| Références de carte | Une seule | Une par pays ou par opérateur | Une seule, profils téléchargés à distance |
| Contrats | Un fournisseur | Un opérateur par pays | Un fournisseur de plateforme et des opérateurs fournisseurs de profils |
| Itinérance permanente | Soumise aux accords ; refusée ou interdite dans certains pays | Sans objet | Sans objet une fois le profil local actif |
| Mise en service | Dès l’arrivée dans un pays couvert par les accords | À organiser pays par pays | Profil local à télécharger après installation |
| Sortie Internet | Home routing ou sortie locale, selon l’accord | Par le réseau local | Selon le profil actif |
| Adresse IP et APN | Conservés en home routing | Propres à chaque opérateur local | Dépendent du profil actif |
| LTE-M, NB-IoT | Selon les accords ; restrictions signalées par l’ORECE pour certains opérateurs virtuels | Selon l’offre de l’opérateur local | Selon l’opérateur du profil |
| Coûts de gestion | Logistique simple ; tarifs de gros au volume, par appareil ou mixtes | Contrats, factures et logistique multipliés | Intégration de la plateforme, puis gestion centralisée |
| Usage type | Objets mobiles, séjours courts, plusieurs pays | Grand parc fixe dans un pays | Produits à destination connue tard, pays restrictifs |
Home routing ou local breakout : latence et sortie Internet
En itinérance, le trafic de données peut suivre deux chemins. Le guide d’itinérance 4G de la GSMA (IR.88) distingue le trafic ramené vers le réseau d’origine (home routed) et le trafic qui sort directement du réseau visité (local breakout). Dans le premier cas, la passerelle qui ouvre la session de données se trouve chez l’opérateur d’origine : l’objet garde son APN, son adresse IP et son chemin vers les serveurs de son fournisseur, quel que soit le pays. Dans le second, la passerelle se trouve dans le réseau visité, et le trafic part vers Internet depuis le pays où se trouve l’objet.
Le home routing se paie en distance. Un capteur installé en Amérique du Sud dont le trafic revient en Europe avant d’atteindre un serveur situé sur place traverse deux fois l’Atlantique. Pour donner un ordre de grandeur, IR.88 renvoie à un tableau de la GSMA (IR.34) des délais aller-retour entre extrémités du réseau d’interconnexion des opérateurs, qui vont d’environ 50 ms à environ 650 ms selon les points du globe. Pour un compteur qui envoie un relevé par jour, l’écart est sans effet ; pour la commande d’une machine ou un flux vidéo, il compte.
La sortie locale raccourcit le trajet, mais l’adresse IP est alors attribuée côté réseau visité et le trafic sort dans le pays de l’objet : un accès entrant par adresse fixe ou un APN privé relié au réseau d’origine ne fonctionnent plus de la même façon. Le choix dépend de l’accord d’itinérance et de l’offre ; il se règle avant le déploiement. Notre article sur la carte SIM IP fixe explique les contraintes de l’accès entrant.
Coûts de gestion : ce qui pèse vraiment
Le prix des données n’est qu’une partie de l’addition. Selon l’ORECE, les accords de gros M2M combinent facturation au volume, redevance par appareil (par IMSI) ou les deux, et environ la moitié des répondants à son enquête signalent des engagements financiers minimaux. Avec des SIM locales s’ajoutent un contrat, une facture et souvent une interface par pays ; avec l’eSIM, l’intégration d’une plateforme de gestion des profils et des accords avec les opérateurs qui les fournissent. Dans l’Union, la Commission européenne estime, dans son rapport de juin 2025, que les fournisseurs de services IoT accèdent facilement à des solutions d’itinérance permanente couvrant l’Union, à des prix de détail par appareil relativement bas.
La réglementation à vérifier, pays par pays
- Itinérance permanente. Autorisée sur base commerciale dans la plupart des pays européens, réservée en Allemagne aux services M2M au sens de la loi, interdite en principe en Belgique sauf exceptions (Cullen International, octobre 2025) ; refusée ou interdite au Brésil, en Inde, en Turquie, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite selon l’ORECE.
- Enregistrement des cartes. Exigé pour les SIM IoT et M2M dans 15 pays européens sur 31.
- Autorisation. L’Arabie saoudite et la Turquie exigent une autorisation télécom complète pour la connectivité IoT, quand Bahreïn et le Koweït l’admettent sans licence en l’absence de relation directe avec des clients locaux (Cullen International, mars 2025).
- Importation. En Inde, le formulaire d’enregistrement des fournisseurs de services M2M demande, pour une SIM étrangère, l’opérateur étranger, le partenaire d’itinérance indien et une déclaration des IMEI et numéros à l’entrée sur le territoire.
- Localisation. En Turquie, infrastructures et serveurs des eSIM programmables à distance doivent se trouver dans le pays.
- Fin des réseaux anciens. Un objet 2G ou 3G dépend du calendrier de chaque pays ; en France, la 2G s’éteint d’ici la fin de 2026 et la 3G entre 2028 et fin 2029 selon l’opérateur (Arcep).
Exemples par secteur
Conteneurs et logistique
Un conteneur passe de port en port et de pays en pays : c’est le cas d’école du roaming, et l’étude citée par la Commission européenne range le transport, le suivi d’actifs et la logistique parmi les usages où l’itinérance permanente compte le plus. La carte doit être acceptée dans tous les pays de passage, avec un profil local si l’équipement séjourne durablement dans un pays restrictif. Au large, hors de portée des antennes terrestres, il faut un relais satellite ou attendre le retour à portée d’un réseau ; l’ORECE note que des communications M2M passent aussi par le satellite.
Véhicules
Depuis le 31 mars 2018, la réception par type des nouveaux types de voitures particulières et de véhicules utilitaires légers (catégories M1 et N1) suppose le système eCall embarqué, qui appelle le 112 en cas d’accident grave (règlement (UE) 2015/758). L’ORECE cite l’eCall comme une application connue d’itinérance permanente, et souligne que sa nouvelle génération dépend de profils d’itinérance VoLTE compatibles. Les véhicules qui changent définitivement de pays posent aussi problème : 9 répondants sur 22 à l’enquête de l’ORECE le signalent, notamment parce que l’adresse IP du marché d’origine sert parfois à choisir des contenus qui ne conviennent plus au nouveau pays.
Machines et équipements exportés
Un constructeur de machines qui exporte connaît souvent la destination tard. Le roaming permet d’expédier la même carte partout ; il faut ensuite vérifier, pour chaque pays de destination, si l’itinérance permanente est acceptée, et prévoir le passage à un profil local là où elle ne l’est pas. Pour la télémaintenance, l’accès entrant à la machine dépend de l’adresse IP et de l’APN, conservés ou non selon le mode de sortie Internet : notre article sur la télémaintenance des automates en 4G traite la partie sécurité.
Choisir sa stratégie en six étapes
- Lister les pays, le nombre d’objets par pays et leur durée de séjour : passage ou installation durable.
- Vérifier, pour chaque pays, l’itinérance permanente, l’enregistrement des cartes, l’autorisation du service et la localisation éventuelle des serveurs.
- Chiffrer le besoin réseau : volume de données, latence tolérée, accès entrant, voix ou SMS, technologies (4G, LTE-M, NB-IoT).
- Choisir le mode de sortie : home routing pour garder APN et adresse IP, sortie locale pour réduire la latence.
- Retenir la stratégie : roaming pour les objets mobiles et multi-pays, SIM locale pour un grand parc fixe dans un pays, eSIM pour les produits dont la destination est connue tard ou qui partent vers des pays restrictifs.
- Tester sur place avec le module définitif, puis écrire la procédure de changement de profil ou de carte avant d’en avoir besoin.
Ce que propose M2M Network
M2M Network commercialise ses cartes SIM pour des usages en France : cartes M2M sur le réseau Orange, SFR ou Bouygues Telecom au choix, cartes IoT multi-opérateurs qui basculent automatiquement d’un réseau à l’autre, en SIM physique ou en eSIM, avec options IP fixe, 5G et APN privé. En France, l’APN privé peut relier les objets à un serveur hébergé, par exemple chez Guardis, qui héberge en France sur une infrastructure certifiée ISO 27001 et HDS, sans passer par l’Internet public. Pour un déploiement hors de France, décrivez les pays, les volumes et la durée de séjour des objets via la page contact : la faisabilité s’étudie au cas par cas.
À lire aussi
- Itinérance permanente des objets connectés en Europe : ce que disent les règles
- eSIM M2M et IoT : comment ça marche
- Carte SIM multi-opérateur : comment elle fonctionne et quand la choisir
Questions fréquentes
Elle fonctionne dans les pays où son émetteur a des accords d’itinérance avec les réseaux locaux, et pour les technologies ouvertes par ces accords. Certains pays refusent ou interdisent l’itinérance permanente des objets, dont le Brésil, l’Inde, la Turquie, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite selon l’ORECE. Il faut donc vérifier la liste des pays et la durée de séjour admise avant de déployer.
C’est l’architecture d’itinérance dans laquelle le trafic de données de l’objet revient vers la passerelle de son opérateur d’origine avant de sortir vers Internet ou vers un réseau privé. L’objet garde son APN et son adresse IP partout, mais le trajet s’allonge, ce qui ajoute de la latence quand l’objet est loin de son pays d’origine.
Pour un grand parc fixe dans un seul pays, une SIM locale reste simple et conforme. L’eSIM devient intéressante quand on ne sait pas, à la fabrication, dans quel pays partira l’objet, ou quand un même produit doit pouvoir changer d’opérateur sans intervention sur place.
Le règlement (UE) 2022/612 ne l’interdit pas pour le M2M, mais l’itinérance permanente relève d’accords commerciaux entre opérateurs, qui peuvent la limiter. La plupart des pays européens l’admettent sur cette base ; la Belgique l’interdit en principe et l’Allemagne la réserve aux services M2M au sens de sa loi.
En home routing, oui, d’autant plus que l’objet est loin de son réseau d’origine : la GSMA cite des délais aller-retour de l’ordre de 50 à 650 ms entre extrémités du réseau d’interconnexion des opérateurs selon les régions. Une sortie locale raccourcit le trajet, mais l’adresse IP et l’APN dépendent alors du réseau visité.
Sources
- ORECE (BEREC), BoR (24) 165, Report on M2M and permanent roaming, décembre 2024 : https://berec.europa.eu/system/files/2024-12/BoR%20%2824%29%20165_BEREC%20Report%20on%20M2M%20and%20permanent%20roaming_0.pdf
- GSMA, IR.88 EPS Roaming Guidelines, version 28.0, 2 mai 2024 : https://www.gsma.com/newsroom/wp-content/uploads//IR.88-v28.0.pdf
- GSMA, IoT RSP: Enabling the growth of Massive IoT (29 novembre 2023, modifié le 8 janvier 2026) : https://www.gsma.com/iot/internet-of-things-general/iot-rsp-enabling-the-growth-of-massive-iot/
- Règlement (UE) 2022/612 du 6 avril 2022 concernant l’itinérance sur les réseaux publics de communications mobiles à l’intérieur de l’Union (refonte) : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32022R0612
- Commission européenne, COM(2025) 324, Rapport sur le réexamen du marché de l’itinérance, 23 juin 2025 : https://ec.europa.eu/newsroom/dae/redirection/document/117645
- Commission européenne, SWD(2025) 164, document de travail accompagnant le rapport sur le réexamen du marché de l’itinérance, juin 2025 : https://ec.europa.eu/newsroom/dae/redirection/document/117649
- Règlement (UE) 2015/758 du 29 avril 2015 concernant les exigences en matière de réception par type pour le déploiement du système eCall embarqué fondé sur le service 112 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32015R0758
- Cullen International, European regulators adopt different approaches to IOT for SIM registration, authorisation, and roaming, 14 octobre 2025 : https://www.cullen-international.com/news/2025/10/European-regulators-adopt-different-approaches-to-IOT-for-SIM-registration–authorisation–and-roaming.html
- Cullen International, Middle East countries differ in their approach to IoT regulation, except on SIM registration, 19 mars 2025 : https://www.cullen-international.com/news/2025/03/Middle-East-countries-differ-in-their-approach-to-IoT-regulation–except-on-SIM-registration.html
- Department of Telecommunications (Inde), Instructions on the Usage of Embedded SIM for Machine-to-Machine (M2M) Communications, 26 juin 2025, avec en annexe les lignes directrices d’enregistrement des fournisseurs M2M du 8 février 2022 : https://www.dot.gov.in/static/uploads/2025/07/cbf3efe646b03c856848f9b22accb0bd.pdf
- iapp, Turkey’s BTK imposes data localization requirements on e-SIM technologies (Begüm Yavuzdogan Okumus, Gun + Partners), 24 avril 2019 : https://iapp.org/news/a/turkeys-btk-imposes-data-localization-requirements-on-e-sim-technologies
- Arcep, Fermeture des réseaux mobiles 2G et 3G : ce qu’il faut anticiper (mis à jour le 10 septembre 2026) : https://www.arcep.fr/mes-demarches-et-services/entreprises/fiches-pratiques/extinction-reseaux-mobiles-2g-3g.html