Par Aurélie, M2M Network.

Une 4G de secours en entreprise, c’est un routeur équipé d’une carte SIM qui prend automatiquement le relais quand la fibre tombe, puis rend la main quand elle revient. Pour qu’elle protège vraiment l’activité, quatre points comptent : une bascule automatique bien réglée, un volume de données calculé sur les usages à maintenir, un réseau mobile différent de l’opérateur de la fibre et, dès qu’un VPN ou un accès à distance est en jeu, une adresse IP fixe. Le tout se teste régulièrement.

Ce guide s’adresse aux PME, commerces, agences et sites techniques qui ne peuvent pas rester sans Internet le temps d’une réparation. Le matériel lui-même est présenté dans notre article sur les routeurs IoT.

Comment fonctionne la 4G de secours en entreprise

Le routeur dispose de deux accès à Internet (WAN) : le lien fibre, branché sur le boîtier de l’opérateur, et le lien mobile, assuré par son modem 4G ou 5G et sa carte SIM. Il surveille en permanence le lien principal et fait passer le trafic sur le lien mobile quand celui-ci ne répond plus. Cette fonction s’appelle le failover, ou bascule automatique.

La surveillance ne se limite pas au câble : une fibre peut rester « allumée » alors qu’Internet est inaccessible. Le routeur envoie donc des tests vers des adresses extérieures. Chez le fabricant Teltonika, par exemple, la documentation indique par défaut un ping vers 1.1.1.1 et 8.8.8.8 toutes les 3 secondes : le lien est déclaré hors ligne après 3 tests échoués, et de nouveau en ligne après 3 tests réussis. Avec ces réglages, la coupure est détectée en 9 secondes environ. Le routeur utilise toujours le lien de plus haute priorité tant qu’il est disponible : quand la fibre repasse ses tests, le trafic y revient.

Deux points à connaître. D’abord, les connexions ouvertes (appel en cours, transfert, tunnel VPN) sont coupées à la bascule, car l’adresse publique du site change : elles doivent se rétablir, et certains routeurs proposent de purger les connexions à chaque changement d’état pour accélérer ce rétablissement. Ensuite, la bascule n’est pas l’agrégation : en mode failover, un seul lien porte le trafic à la fois ; la répartition de charge (load balancing) est un autre mode, et la documentation Teltonika précise que les deux ne s’utilisent pas en même temps.

Combien de data prévoir pour le secours

Le secours n’a pas à reproduire tout l’usage de la fibre. Il doit faire tourner les flux sans lesquels l’activité s’arrête : encaissement, téléphonie, VPN vers les logiciels métier, messagerie. Les débits de référence publiés par Cisco et Microsoft donnent les ordres de grandeur :

UsageDébit de référenceVolume pour une heure (envoi et réception)Source
Appel VoIP en G.71187,2 kbit/s par sens (Ethernet, en-têtes compris)Environ 78 MoCisco
Appel VoIP en G.72931,2 kbit/s par sens (Ethernet, en-têtes compris)Environ 28 MoCisco
Audio Microsoft Teams, débit recommandé58 kbit/s par sensEnviron 52 MoMicrosoft
Réunion vidéo Teams, débit minimal150 kbit/s en envoi, 200 kbit/s en réceptionEnviron 158 MoMicrosoft
Réunion vidéo Teams, débit recommandé2 500 kbit/s en envoi, 4 000 kbit/s en réceptionEnviron 2,9 GoMicrosoft

Le calcul est simple : un débit en kbit/s multiplié par 3 600 secondes et divisé par 8 donne des kilo-octets par heure. Il montre l’essentiel : la voix et les applications métier pèsent peu, la vidéo pèse lourd. Une heure de réunion vidéo au débit recommandé consomme autant qu’environ 37 heures d’appels en G.711. Pour dimensionner :

  1. listez les flux indispensables pendant une coupure, et ceux à bloquer sur le lien mobile (sauvegardes en ligne, mises à jour, synchronisation de gros fichiers) ;
  2. relevez sur le routeur ou le pare-feu le volume que ces flux consomment en temps normal ;
  3. fixez la durée de coupure à couvrir : quelques heures, ou plusieurs jours pour un site isolé ;
  4. choisissez la formule : une offre à la consommation convient à un secours rarement sollicité, un forfait avec volume mensuel à un lien mobile souvent utilisé ;
  5. activez des alertes de consommation pour éviter les surprises après une longue bascule.

Les volumes typiques par usage, de quelques Mo pour une alarme à plusieurs Go pour un routeur, sont repris dans notre guide pour choisir une carte SIM M2M.

Prendre un réseau mobile différent de celui de la fibre

Si la fibre et la 4G de secours dépendent du même opérateur, un incident sur son cœur de réseau peut couper les deux liens en même temps. Choisir pour la carte SIM un autre opérateur que celui de la fibre supprime ce point commun : fibre Orange, secours sur SFR ou Bouygues Telecom ; fibre SFR, secours sur Orange ou Bouygues Telecom ; et ainsi de suite.

Cette précaution ne rend pas les deux liens totalement indépendants. Dans sa note de synthèse de mai 2025 sur la résilience des réseaux, l’Arcep observe que, dans certains territoires, des infrastructures mobiles mutualisées entre opérateurs ne sont pas redondantes et ne peuvent pas servir d’alternative en cas de défaillance. La même note rapporte que, lors de la tempête Ciarán du 1er novembre 2023, un opérateur mobile a constaté que 90 % de ses sites indisponibles l’étaient à cause de la pénurie d’électricité. Un onduleur maintient le routeur et le boîtier fibre alimentés lors d’une coupure de courant sur le site, mais il ne sert à rien si les antennes du secteur sont elles-mêmes à l’arrêt.

Reste la couverture. La carte « Mon réseau mobile » de l’Arcep compare la couverture et la qualité de service des quatre principaux opérateurs ; elle se complète par une mesure sur place, routeur posé à son emplacement définitif (baie informatique, local technique, sous-sol). Si le signal est faible à l’intérieur, une antenne extérieure déportée est la première piste. Pour un site critique, un routeur bi-SIM équipé de deux opérateurs mobiles différents ajoute un troisième chemin.

IP fixe : garder le VPN et l’accès à distance pendant la bascule

Sur la fibre, beaucoup de sites s’appuient sur une adresse IPv4 publique stable : c’est elle que le pare-feu du siège autorise pour le VPN, ou que le prestataire utilise pour la télémaintenance. En 4G, la situation change. Le baromètre IPv6 publié par l’Arcep en juillet 2026 indique que, sur les offres mobiles grand public des quatre opérateurs, aucun client ne dispose d’une adresse IPv4 dédiée : l’IPv4 est partagée entre clients par un « carrier-grade NAT », elle est dynamique, et l’auto-hébergement en IPv4, donc l’accès entrant depuis Internet, n’est pas possible. Avec une carte de ce type, au moment de la bascule :

  • le VPN de site à site configuré sur l’adresse de la fibre ne se rétablit pas, car le siège voit arriver une adresse inconnue ;
  • l’accès à distance au site (caméras, enregistreur, automate, serveur) devient impossible ;
  • un tunnel IPsec ouvert depuis le site peut traverser le NAT grâce à l’encapsulation UDP normalisée par la RFC 3948, à condition que le siège accepte une adresse variable.

La réponse est une option IP fixe sur la carte de secours : le site garde une adresse connue en 4G, à déclarer à l’avance dans le pare-feu du siège à côté de celle de la fibre. Autre approche, un APN privé relie le site à un serveur de l’entreprise sans passer par l’Internet public, par exemple un serveur hébergé en France sur une infrastructure certifiée ISO 27001 et HDS chez Guardis.

La 5G en option : pour quel secours ?

La 5G se justifie quand le lien de secours doit porter une vraie charge de production : beaucoup d’utilisateurs, visioconférences, transferts de fichiers volumineux. Elle suppose un routeur compatible et une couverture 5G à l’emplacement du routeur, à vérifier comme pour la 4G. Pour un secours limité à l’encaissement, à la téléphonie et au VPN, les débits du tableau ci-dessus restent de quelques dizaines de kbit/s par appel : la 4G suffit.

Tester la bascule régulièrement

Un secours jamais testé reste une hypothèse. La CNIL recommande de tester régulièrement l’application du plan de continuité ou de reprise de l’activité. Pour la 4G de secours, la procédure tient en six étapes :

  1. prévenir les utilisateurs et choisir un créneau calme ;
  2. débrancher le câble fibre côté routeur et chronométrer le temps jusqu’au retour d’Internet ;
  3. vérifier les flux critiques : appel entrant et sortant, paiement de test, VPN, accès distant ;
  4. contrôler sur le routeur que le trafic passe par l’interface mobile, et relever la consommation pendant le test ;
  5. rebrancher la fibre, puis vérifier le retour automatique et le rétablissement du VPN ;
  6. noter la date, le délai de bascule et les anomalies, puis corriger.

Entre deux tests, une alerte par courriel ou SMS à chaque bascule et un suivi de la consommation de la carte évitent de découvrir une coupure longue à la lecture de la facture. Refaites le test après tout changement : nouveau boîtier fibre, mise à jour du routeur, changement de forfait ou d’adresse IP.

Ce que propose M2M Network

M2M Network fournit des cartes SIM M2M sur le réseau Orange, SFR ou Bouygues Telecom, au choix, ce qui permet de prendre pour le secours un autre réseau que celui de votre fibre. Les options IP fixe, 5G et APN privé s’ajoutent à la carte, en SIM physique ou en eSIM. La carte SIM pour routeur 4G se commande en ligne, comme les autres forfaits de la boutique ; les projets multi-sites passent par le formulaire de contact.

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Questions fréquentes

Combien de temps prend la bascule de la fibre vers la 4G ?

Le temps de détection dépend des réglages du routeur. Avec les valeurs par défaut documentées par Teltonika (un test toutes les 3 secondes, lien déclaré hors ligne après 3 échecs), la coupure est détectée en 9 secondes environ, puis les connexions doivent se rétablir. Les appels et les tunnels VPN en cours sont coupés et se reconnectent.

Faut-il une IP fixe sur la carte SIM de secours ?

Oui dès que le siège ou un prestataire doit joindre le site, ou que le VPN est configuré sur l’adresse du site. Sur les offres mobiles grand public, l’Arcep constate que l’IPv4 est partagée et dynamique, ce qui empêche l’accès entrant. Pour un simple accès sortant à Internet, une adresse dynamique suffit.

Quel volume de data prévoir pour une 4G de secours ?

Il dépend des flux à maintenir et de la durée de coupure à couvrir. Un appel en G.711 représente environ 78 Mo par heure, une heure de réunion vidéo Teams au débit recommandé près de 2,9 Go. Mesurez la consommation réelle de vos flux critiques et bloquez les usages lourds non indispensables pendant la bascule.

Pourquoi prendre un opérateur mobile différent de celui de la fibre ?

Pour qu’un incident sur le réseau de l’opérateur de la fibre ne coupe pas aussi le secours. Ce choix réduit le risque commun sans l’annuler : l’Arcep relève des infrastructures mobiles mutualisées non redondantes dans certains territoires, et une panne d’électricité étendue peut arrêter la fibre et les antennes en même temps.

La 4G de secours fonctionne-t-elle pendant une coupure de courant ?

Seulement si le routeur et le boîtier fibre sont secourus par un onduleur et si les antennes du secteur restent alimentées. Selon l’Arcep, lors de la tempête Ciarán de novembre 2023, un opérateur a constaté que 90 % de ses sites mobiles indisponibles l’étaient faute d’électricité.

À quelle fréquence tester le secours 4G ?

La CNIL recommande de tester régulièrement le plan de continuité. Un test chaque trimestre, plus un test après chaque changement d’équipement, de forfait ou d’adresse IP, est un rythme raisonnable pour une PME.

Sources