Par Aurélie, M2M Network.

Une carte SIM multi-opérateur est une carte SIM capable de se connecter à plusieurs réseaux mobiles d’un même pays, par exemple Orange, SFR et Bouygues Telecom, alors qu’une SIM classique ne fonctionne que sur le réseau de son opérateur. Elle y parvient par l’itinérance (une carte émise dans un autre pays et acceptée par plusieurs réseaux), par le multi-IMSI (plusieurs identités dans la même puce) ou par une eSIM chargée de plusieurs profils. C’est le module radio de l’objet qui choisit le réseau, selon les règles de la norme 3GPP TS 23.122 : la bascule n’est ni instantanée, ni forcément orientée vers le meilleur signal.

Voici pourquoi une SIM française reste sur son réseau, comment fonctionnent ces trois techniques, ce qui se passe à la bascule, leurs limites et les cas où une SIM mono-opérateur reste préférable. Pour les bases, voir notre guide de la carte SIM M2M.

Pourquoi une SIM française classique ne bascule pas sur un réseau concurrent

Chaque carte SIM porte un identifiant d’abonné, l’IMSI, défini par la norme 3GPP TS 23.003. Il compte au plus 15 chiffres répartis en trois parties : le code pays (MCC, trois chiffres), le code du réseau d’origine (MNC, deux ou trois chiffres) et le numéro d’abonné (MSIN). Le réseau qui reçoit une demande de connexion sait donc immédiatement à quel opérateur la carte appartient.

Le module radio suit ensuite la sélection automatique décrite par la norme 3GPP TS 23.122 : il cherche d’abord le réseau d’origine, puis les réseaux inscrits dans les listes de préférence de la SIM, puis les autres réseaux disponibles. S’il tente un réseau qui n’a pas d’accord avec son opérateur, l’enregistrement est refusé (par exemple avec le motif « PLMN not allowed ») et le réseau rejoint la liste des réseaux interdits stockée dans la SIM.

En France, les réseaux concurrents ne s’ouvrent les uns aux autres que par un contrat d’itinérance nationale, rare et encadré. L’exemple connu est celui de Free Mobile, qui utilise depuis 2011 les réseaux 2G et 3G d’Orange : le contrat examiné par l’Arcep en juin 2025 couvre la période du 1er janvier 2026 au 31 décembre 2028, avec des débits plafonnés à 384 kbit/s. Hors de ce type d’accord, une carte Orange placée dans une zone couverte seulement par SFR reste sans service, même si le signal SFR est excellent.

Les trois techniques qui rendent une carte SIM multi-opérateur

1. Une SIM émise dans un autre pays, en itinérance

Hors de son pays d’origine, une carte SIM est en itinérance : elle peut se connecter à tout réseau local avec lequel son opérateur a signé un accord. Une carte émise dans un autre pays et liée par contrat à Orange, SFR et Bouygues Telecom voit donc les trois réseaux français comme des réseaux visités possibles. L’ORECE (BEREC en anglais, l’organe des régulateurs européens) constate que cette itinérance permanente devient de plus en plus importante pour l’IoT, de nombreux objets restant connectés en permanence hors de leur réseau d’origine. Il relève aussi l’usage de cartes conçues pour l’itinérance mondiale à partir d’un code pays partagé attribué par l’Union internationale des télécommunications (UIT).

L’émetteur garde la main sur l’ordre de préférence : il range les réseaux qu’il préfère dans la liste « Operator Controlled PLMN Selector » de la SIM et peut la mettre à jour à distance, mécanisme que la norme 3GPP TS 23.122 appelle « steering of roaming ». Côté données, le guide GSMA IR.88 sur l’itinérance 4G décrit deux architectures : le trafic peut être ramené vers la passerelle de l’opérateur d’origine (« home routed ») ou sortir directement par le réseau visité. Dans le premier cas, l’APN et l’adresse IP restent gérés par l’émetteur de la carte, quel que soit le réseau français utilisé.

2. Le multi-IMSI : plusieurs identités dans une même carte

Une carte multi-IMSI contient plusieurs identités rattachées à des opérateurs différents. L’ORECE décrit cette approche sous le nom de « sponsored roaming » : la carte dispose d’une seconde identité appartenant à un opérateur « sponsor » et peut alors utiliser tous les accords d’itinérance de ce dernier. Selon le même rapport, les opérateurs virtuels de l’IoT y recourent surtout quand aucune autre solution ne convient, et passer d’une identité à l’autre peut modifier la qualité de service ou les limites de données appliquées.

3. L’eSIM avec plusieurs profils d’opérateurs

Une eSIM (eUICC) peut recevoir à distance des profils de différents opérateurs. La GSMA a publié pour cela la spécification SGP.02 (M2M), surtout utilisée dans l’automobile et l’industrie, puis en juillet 2023 la spécification SGP.32, pensée pour les objets sans écran et aux capacités réseau limitées : elle permet de changer de profil de connectivité sans intervention physique. Ce changement est en principe piloté à distance, mais SGP.02 prévoit aussi un repli automatique (« Fall-Back ») : en cas de perte de connectivité du profil actif, l’eUICC active un profil de secours désigné à l’avance et relance l’attachement au réseau. Reste à vérifier que l’offre et le module le mettent en œuvre. Les formats physiques, du plein format à la puce soudée MFF2, sont présentés dans notre guide de la carte SIM IoT.

Ce qui se passe au moment de la bascule

Le choix du réseau revient au module radio, guidé par les listes de la SIM. Quand le réseau en cours disparaît, la séquence est la suivante :

  1. le module constate la perte de couverture : plus aucune cellule utilisable sur le réseau où il était enregistré ;
  2. il balaie les fréquences et classe les réseaux visibles : réseau d’origine, listes de préférence de la SIM, puis les autres réseaux au signal suffisant dans un ordre aléatoire, et enfin les plus faibles par qualité décroissante (3GPP TS 23.122, paragraphe 4.4.3.1.1) ;
  3. il tente de s’enregistrer ; un refus inscrit le réseau dans la liste des réseaux interdits et le module passe au suivant ;
  4. une fois enregistré, il ouvre une nouvelle session de données, avec au moins une adresse IP attribuée par connexion (GSMA IR.88) ;
  5. l’application de l’objet rétablit ses propres connexions : serveur MQTT, tunnel VPN, plateforme de supervision.

Deux conséquences pratiques. D’abord, un module ne quitte pas un réseau qui le sert encore, même mal : la norme déclenche la sélection à la mise sous tension et au retour de couverture, pas à chaque baisse de signal. Une option appelée « signal level enhanced network selection » permet de basculer sous un seuil de signal, mais elle est facultative, réservée au NB-IoT, au LTE-M et à l’EC-GSM-IoT, et doit être prise en charge par l’opérateur d’origine. Ensuite, le retour vers le réseau préféré n’est pas immédiat : en itinérance, le module retente périodiquement selon un temporisateur stocké dans la SIM, réglable de 6 minutes à 8 heures (60 minutes par défaut) pour un module classique, et de 2 à 240 heures (72 heures par défaut) pour un module uniquement LTE-M ou NB-IoT.

Les limites à connaître

L’itinérance permanente repose sur des accords commerciaux

Le règlement (UE) 2022/612 sur l’itinérance, applicable jusqu’au 30 juin 2032, n’exclut pas les communications de machine à machine de son champ. Son considérant 21 précise toutefois que « l’itinérance permanente fait l’objet de négociations commerciales et peut être convenue par deux partenaires d’itinérance dans le cadre d’un accord d’itinérance de gros », et son article 3 permet aux opérateurs d’inclure dans leur offre de référence des conditions destinées à empêcher l’itinérance permanente.

Dans son rapport BoR (24) 165 du 5 décembre 2024, l’ORECE indique que la moitié des opérateurs acheteurs d’accès de gros ayant répondu à son enquête ont des accords comportant des clauses qui empêchent l’itinérance permanente, même si le nombre d’accords qui l’autorisent augmente depuis 2021. Des acheteurs y rapportent aussi que certains réseaux appliquent aux lignes M2M des profils de « steering » qui limitent souvent la qualité de service. Les pays ne sont pas alignés : selon Cullen International (octobre 2025), la plupart des pays européens autorisent l’itinérance permanente pour l’IoT sur la base d’accords commerciaux, l’Allemagne la réserve aux services conformes à sa définition légale du M2M et la Belgique l’interdit en principe.

Côté client final, le même règlement autorise une « politique d’utilisation raisonnable » contre l’usage permanent à l’étranger d’une offre au prix national (article 5), avec une période d’observation d’au moins quatre mois fixée par le règlement d’exécution (UE) 2016/2286. En France, ces cartes échappent en partie au suivi public : l’observatoire de l’Arcep sur les cartes SIM 2G et 3G exclut les cartes d’opérateurs étrangers en itinérance, et le gouvernement, répondant en février 2026 à une question écrite au Sénat, juge leur dénombrement exact délicat, notamment parce que ces cartes peuvent emprunter plusieurs réseaux français. Pour migrer, leurs utilisateurs doivent s’adresser à l’opérateur étranger qui fournit la carte.

La voix sur 4G (VoLTE) en itinérance

D’après le calendrier publié par l’Arcep, la 2G s’éteint en France métropolitaine d’ici la fin de 2026 et la 3G entre 2028 et fin 2029 selon l’opérateur. Pour passer des appels, un équipement devra alors utiliser la voix sur 4G (VoLTE). Or l’ORECE note, dans son rapport BoR (23) 204 sur l’extinction de la 2G et de la 3G, que la VoLTE en itinérance est un problème spécifique où les incompatibilités sont probables ; une contribution de Verisure, acteur de la télésurveillance, y indique que des opérateurs ne peuvent pas prendre en charge la VoLTE avec des cartes SIM en itinérance. Pour une alarme avec écoute ou interphonie, ou une téléalarme d’ascenseur, une carte multi-opérateur en itinérance se valide donc par un appel réel sur chaque réseau. Voir aussi notre article sur la fin de la 2G et de la 3G pour les alarmes.

Carte SIM mono-opérateur ou multi-opérateur : le comparatif

CritèreSIM mono-opérateur (réseau choisi)SIM multi-opérateur
Réseaux utilisablesUn seul, choisi à la commandePlusieurs, selon les accords de l’émetteur
Identité de la carteIMSI d’un opérateur françaisIMSI étrangère, plusieurs IMSI ou plusieurs profils eSIM
Qui choisit le réseauVous, à la commandeLe module, guidé par les listes de la SIM et le steering de l’émetteur
Si le réseau tombePlus de service, sauf second lien (routeur bi-SIM, filaire)Recherche d’un autre réseau autorisé, pas instantanée
Cadre contractuelAbonnement nationalAccords d’itinérance de gros, clauses possibles contre l’itinérance permanente
Voix sur 4G (VoLTE)Sur le réseau d’origine, selon le moduleÀ valider réseau par réseau, incompatibilités probables en itinérance (ORECE)
Retour au réseau préféréSans objetSelon un temporisateur : 60 minutes par défaut, 72 heures pour un module seulement LTE-M ou NB-IoT
Usage typeSite fixe à couverture mesuréeObjet mobile, site à couverture inconnue, déploiement multi-pays

Quand préférer une SIM mono-opérateur au réseau choisi

Si l’emplacement ne bouge pas, la couverture se connaît : on compare les quatre opérateurs sur la carte « Mon réseau mobile » de l’Arcep, puis on mesure sur place avec l’équipement à son emplacement définitif (armoire, sous-sol, local technique). Le réseau retenu devient un choix éclairé, et la carte mono-opérateur apporte ce que l’itinérance rend incertain : pas de clause d’itinérance permanente, pas de steering imposé, voix sur 4G sur le réseau d’origine.

  • Site fixe à couverture mesurée (compteur, armoire technique, borne, caméra) : une SIM sur le réseau le plus fort, choisi après mesure.
  • Site critique : deux cartes de deux opérateurs différents dans un routeur IoT bi-SIM. C’est alors le routeur qui bascule, selon vos propres règles, et non un accord d’itinérance.
  • Objets mobiles (traceurs, véhicules, engins de chantier) ou sites à couverture inconnue : la carte multi-opérateur prend tout son sens.
  • Produits expédiés sans destination connue : l’ORECE cite le cas d’un appareil assemblé dans un pays, intégré dans un autre et vendu dans un troisième ; une carte multi-opérateur ou une eSIM à plusieurs profils évite de gérer une référence par pays.

Notre guide pour choisir une carte SIM M2M détaille les autres critères : technologie radio, volume de données, adresse IP.

Les questions à poser avant de choisir une carte multi-opérateur

  1. Dans quel pays la carte est-elle émise, et avec quels réseaux français a-t-elle un accord qui autorise l’itinérance permanente ?
  2. Quel mécanisme : itinérance simple, multi-IMSI ou eSIM à plusieurs profils ?
  3. La bascule est-elle automatique ? Qui la déclenche (module, carte, plateforme) et en combien de temps ?
  4. Quelles technologies sont ouvertes sur chaque réseau : 4G, LTE-M, NB-IoT, 5G ? L’ORECE signale que certains opérateurs virtuels rencontrent des restrictions d’accès au NB-IoT et au LTE-M.
  5. La voix et les SMS fonctionnent-ils, en VoLTE, sur chaque réseau visité ?
  6. L’adresse IP fixe et l’APN privé restent-ils identiques quel que soit le réseau utilisé ?
  7. Quelle valeur du temporisateur de retour vers le réseau préféré est programmée dans la carte ?

Ce que propose M2M Network

M2M Network fournit des cartes SIM M2M sur le réseau Orange, SFR ou Bouygues Telecom, au choix, ainsi que des cartes SIM IoT multi-opérateurs, en SIM physique ou en eSIM. Les options IP fixe, 5G et APN privé complètent ces cartes selon le projet. Pour un site fixe à la couverture mesurée, la carte sur un réseau choisi reste la solution la plus prévisible ; pour des objets mobiles ou des sites incertains, la carte multi-opérateur se choisit avec les questions ci-dessus, à poser avant la commande. Les forfaits se commandent sur la boutique M2M Network, et les projets sur mesure passent par le formulaire de contact.

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Questions fréquentes

Une carte SIM multi-opérateur bascule-t-elle automatiquement ?

Oui, si le module est en sélection automatique : quand il perd le réseau en cours, il cherche un autre réseau autorisé par la carte et s’y enregistre. Cela prend le temps d’un balayage, d’un enregistrement et d’une nouvelle session de données, donc la bascule n’est pas instantanée. Et un module ne quitte pas un réseau qui le sert encore, même faiblement.

Pourquoi ma SIM Orange ne passe-t-elle pas sur SFR quand Orange ne capte pas ?

Parce que l’identité de la carte (IMSI) la rattache à Orange, et qu’un autre réseau français refuse les cartes d’un concurrent sans contrat d’itinérance nationale. Ces contrats sont rares et suivis par l’Arcep. Pour profiter de plusieurs réseaux, il faut une carte multi-opérateur ou deux cartes dans un routeur bi-SIM.

L’itinérance permanente est-elle autorisée dans l’Union européenne ?

Le règlement (UE) 2022/612 ne l’interdit pas pour le M2M, mais il la renvoie aux négociations commerciales entre opérateurs, et un opérateur peut prévoir dans son offre de gros des conditions pour l’empêcher. Elle dépend donc des accords signés par l’émetteur de la carte. Certains pays, comme la Belgique, la restreignent fortement.

Une SIM multi-opérateur permet-elle de passer des appels en 4G ?

Pas toujours. Avec l’extinction de la 2G et de la 3G, la voix passe par la VoLTE, et l’ORECE relève que la VoLTE en itinérance pose des problèmes de compatibilité. Pour un équipement qui doit appeler (alarme avec interphonie, téléalarme d’ascenseur), il faut valider l’appel sur chaque réseau avant de déployer.

Carte multi-opérateur ou routeur bi-SIM : que choisir pour un site fixe ?

Pour un site fixe critique, deux cartes de deux opérateurs différents dans un routeur bi-SIM donnent une redondance que vous maîtrisez : le routeur bascule selon vos règles, sur des réseaux choisis après mesure. La carte multi-opérateur convient mieux aux objets mobiles et aux sites dont la couverture est inconnue.

Une eSIM est-elle forcément multi-opérateur ?

Non. Une eSIM peut ne contenir qu’un seul profil. Elle devient multi-opérateur quand plusieurs profils d’opérateurs y sont chargés, ou peuvent l’être à distance selon les spécifications GSMA SGP.02 ou SGP.32. Le passage d’un profil à l’autre est en principe piloté à distance ; SGP.02 prévoit un repli automatique vers un profil de secours en cas de perte de connectivité, encore faut-il que l’offre le mette en œuvre.

Sources