Par Aurélie, M2M Network.

En bref : la télématique des engins de chantier fait remonter la position, les heures moteur, le carburant consommé, le temps passé au ralenti et les codes défaut d’une pelle, d’une chargeuse ou d’un compacteur, par un boîtier équipé d’un modem cellulaire, jusqu’au logiciel du gestionnaire de parc. La norme ISO 15143-3, issue du format porté par l’AEMP, harmonise la sortie de ces données du serveur de chaque fournisseur, ce qui permet de lire un parc de plusieurs marques dans un même outil. Elle ne dit rien du lien radio : le réseau, la carte SIM et la fin de la 2G et de la 3G restent à traiter engin par engin.

Ce boîtier est un objet de communication Machine to Machine : il dialogue avec un serveur sans intervention humaine, par le réseau mobile, au moyen d’une carte SIM M2M. On parle aussi de télémétrie des engins de BTP ou de supervision des engins de chantier. Voici ce qu’il remonte, ce que la norme harmonise, et comment choisir réseau et carte pour des machines qui vibrent et changent de chantier.

Télématique des engins de chantier : ce que remonte un boîtier

Sur une pelle, une chargeuse, un compacteur, une nacelle ou une grue, le boîtier lit l’état de la machine (contact, moteur, réservoir, calculateurs), l’associe à sa position et l’envoie au serveur du fournisseur de télématique. Le tableau reprend les données décrites par les schémas de la norme ISO 15143-3, publiés par son agence de maintenance, la Japan Construction Machinery and Construction Association (JCMA).

Donnée remontée (nom dans la norme)À quoi elle sert
Position (Location)Retrouver l’engin, vérifier qu’il est sur le bon chantier, alimenter le géorepérage
Heures de fonctionnement cumulées (CumulativeOperatingHours)Caler l’entretien sur les heures réelles, comparer heures travaillées et heures facturées
Heures au ralenti (CumulativeIdleHours)Mesurer le temps où le moteur tourne sans que l’engin travaille
Carburant consommé, cumulé et sur 24 heures (FuelUsed, FuelUsedLast24)Affecter le carburant à un chantier, repérer une consommation anormale
Niveau de carburant et de DEF (FuelRemaining, DEFRemaining)Organiser le ravitaillement
Codes défaut et codes d’alerte (FaultCode, CautionCode)Diagnostiquer à distance, envoyer le technicien avec la bonne pièce
État du moteur (EngineStatus)Savoir si l’engin tourne en ce moment, par exemple la nuit
Facteur de charge moyen sur 24 heures (AverageLoadFactorLast24)Repérer un engin surdimensionné ou poussé en permanence
Cycles de chargement et charge utile (CumulativeLoadCount, CumulativePayloadTotals)Suivre la production d’une chargeuse ou d’un engin de transport
Heures de prise de force (CumulativePowerTakeOffHours)Suivre l’usage des équipements entraînés
Distance et vitesse maximale sur 24 heures (Distance, MaximumSpeedLast24)Détecter un déplacement non prévu

Dans le schéma de flotte de la norme, chaque élément est facultatif : un fournisseur peut n’en remplir qu’une partie, d’où l’intérêt de demander la liste exacte avant de signer. Chaque engin porte un en-tête commun (constructeur, modèle, numéro de série, numéro d’identification produit) qui permet de rapprocher des machines de marques différentes. Le géorepérage, lui, n’est pas une donnée de la norme : la plateforme le calcule à partir des positions reçues.

La norme ISO 15143-3 (AEMP) : un format commun pour un parc mixte

Dans un parc de plusieurs marques, les données de chaque engin sont stockées sur le serveur de son fournisseur de télématique, le constructeur pour un boîtier d’origine. La norme ISO 15143-3 décrit les requêtes qu’une application envoie à ce serveur par Internet et les réponses qu’il renvoie, avec les mêmes éléments de données d’une marque à l’autre. Le logiciel de gestion de parc interroge chaque serveur de la même façon.

Ce format a été soumis à l’ISO par l’AEMP (Association of Equipment Management Professionals) et l’AEM (Association of Equipment Manufacturers) à partir d’un projet d’interface de programmation (API) ; son approbation a été annoncée en juillet 2016, d’où l’habitude de parler de « norme AEMP ». Publiée comme spécification technique, la première édition, ISO/TS 15143-3:2016, a été remplacée par l’édition 2 de janvier 2020, confirmée en 2023 ; la fiche de l’ISO annonce un nouveau projet, ISO/DTS 15143-3. La JCMA tient les schémas à jour et publie la procédure pour proposer de nouveaux éléments de données.

Le champ est précis : la norme vise les engins de terrassement automoteurs définis par l’ISO 6165 (creusement, chargement, transport, forage, épandage, compactage ou tranchage) et les machines mobiles de construction de routes de l’ISO 22242, équipés d’instruments de localisation et de temps. Une pelle, une chargeuse ou un compacteur y entrent ; une nacelle ou une grue non, et pour ces matériels il faut demander au constructeur quel format d’export il propose. Selon l’AEM, la partie 4 de la même série traite des données propres à un chantier.

Ce que la norme ne couvre pas : la radio et la carte SIM

La fiche de l’ISO l’écrit en toutes lettres : la norme ne s’applique ni au recueil des données à bord, ni au protocole embarqué (le bus CAN est cité en exemple), ni à la transmission sans fil vers le serveur du fournisseur. Un engin « compatible ISO 15143-3 » peut donc transmettre en 2G, ou sur un réseau absent du chantier. La connectivité se choisit à part.

Boîtier d’origine ou boîtier ajouté (rétrofit)

Un engin peut sortir d’usine avec un boîtier du constructeur ; d’autres, plus anciens ou plus petits, reçoivent un boîtier posé après coup, dit de rétrofit.

Avec un boîtier d’origine, le constructeur a choisi le modem et la fréquence d’envoi, et l’accès ISO 15143-3 se demande auprès de lui. Trois questions à lui poser : quelles technologies radio le modem gère (2G, 3G, 4G, LTE-M), qui fournit la carte SIM et sur quel réseau, et ce que deviennent les données si l’abonnement télématique n’est pas renouvelé.

Avec un boîtier de rétrofit, l’exploitant ou son intégrateur choisit le boîtier et la carte SIM. Le boîtier lit ce que la machine rend accessible : le contact d’allumage suffit à compter les heures, et selon les modèles le bus CAN donne le carburant ou les codes défaut. L’AEM précise que les données de la partie 3 peuvent venir de fournisseurs de télématique tiers : demandez au fournisseur du boîtier s’il les expose au format ISO 15143-3, pour les voir dans le même outil que les engins d’origine.

Quel réseau et quelle carte SIM pour un engin de chantier

Un engin passe d’un chantier urbain à une carrière ou à une route de campagne, et la couverture des opérateurs varie d’un site à l’autre. Deux familles de cartes répondent à ce problème :

  • une carte SIM mono-opérateur, sur le réseau choisi (Orange, SFR ou Bouygues Telecom), qui ne change pas de réseau d’elle-même : adaptée à un parc qui travaille dans une zone bien couverte par ce réseau ;
  • une carte SIM multi-opérateur, qui bascule automatiquement sur un autre réseau quand le premier fait défaut : adaptée aux engins qui tournent sur des chantiers dont on ignore la couverture.

La technologie radio du boîtier compte autant que la carte. Selon l’Arcep, Orange généralise l’arrêt de sa 2G en France métropolitaine de fin septembre à fin décembre 2026 (Free Mobile suit le même calendrier), SFR le prévoit le 15 novembre 2026 et Bouygues Telecom le généralise du 1er au 15 décembre 2026. La 3G suivra en 2028 chez Orange, fin 2028 chez SFR et fin 2029 chez Bouygues Telecom. Le calendrier détaillé est sur notre page des dates d’arrêt des réseaux 2G, 3G, 4G et 5G.

À fin juin 2026, l’Arcep comptait encore 2,01 millions de cartes SIM M2M dans des terminaux uniquement 2G ou 2G et 3G, soit 7,7 % du parc M2M. Un boîtier posé il y a quelques années peut en faire partie : si son modem ne connaît que la 2G ou la 3G, changer la carte SIM ne suffit pas, il faut changer le boîtier. L’Arcep indique que plus de 99,8 % des sites d’émission 2G et 3G sont déjà équipés de 4G.

Pour un boîtier neuf alimenté par la machine, la 4G est le choix courant. Le LTE-M, déclinaison de la 4G pour les objets peu bavards, convient plutôt aux traceurs autonomes sur batterie posés sur du matériel sans moteur (bennes, remorques, conteneurs, outillage).

Combien de data consomme un engin connecté

La norme ne fixant pas le lien radio, le volume dépend du boîtier : fréquence d’envoi des positions, nombre de valeurs lues sur le bus CAN, codes défaut envoyés au fil de l’eau ou par lots, mises à jour à distance. Nous ne donnons donc pas de chiffre type : le plus fiable est de mesurer une ou deux machines pendant un mois de travail normal, puis de choisir le forfait. La méthode est dans notre guide de la consommation data des objets connectés.

Vibrations, poussière, températures : la carte SIM aussi

Un boîtier fixé sur le châssis d’une pelle ou d’un compacteur subit des vibrations continues, de la poussière, l’eau de lavage et de forts écarts de température. Une carte SIM amovible peut perdre le contact avec son lecteur sous les vibrations ; une puce soudée sur la carte électronique du boîtier supprime ce point faible. Les plages de température normalisées et les essais de vibrations sont détaillés dans notre page carte SIM, températures extrêmes et vibrations. Contre la poussière et l’eau, ce sont le boîtier et ses connecteurs qui protègent : vérifiez leur indice de protection.

Superviser un parc : loueur ou entreprise de travaux publics

Pour un loueur de matériel, la télématique sert à savoir où sont les machines louées, à comparer les heures moteur au contrat, à planifier l’entretien entre deux locations et à repérer un engin qui travaille hors des horaires prévus ou quitte la zone convenue. Reste à décider ce qu’il partage avec son client : accès à un portail, flux ISO 15143-3 ou rapport périodique.

Pour une entreprise de travaux publics, l’intérêt est d’affecter heures et carburant à chaque chantier, de repérer les engins sous-utilisés à rendre ou à transférer, et de réduire le ralenti. Avec un parc mixte, en propre et en location, le format ISO 15143-3 évite de passer d’un portail de constructeur à l’autre.

Quand l’engin est conduit par un salarié, sa position renseigne aussi sur l’activité de ce salarié : la CNIL encadre ce cas dans sa fiche sur la géolocalisation des véhicules de salariés, à laquelle renvoie sa recommandation du 30 juin 2026 sur les véhicules connectés ; nous en résumons les règles dans notre article sur le boîtier télématique de véhicule.

Maintenance prédictive : des heures et des codes défaut

Heures de fonctionnement, facteur de charge et codes défaut sont la matière première de la maintenance prédictive : on entretient l’engin quand ses heures réelles l’exigent, et un code d’alerte remonté à distance permet d’intervenir avant l’arrêt sur le chantier. Le schéma FaultCode de la norme prévoit pour chaque code un identifiant, une description, un niveau de gravité et sa source, ce qui permet de trier par gravité les alertes d’un parc mixte. Encore faut-il que le boîtier reste joignable, d’où l’importance du réseau et de la carte SIM. Principes et exemples sur notre page maintenance prédictive.

Avant d’équiper un parc : les étapes

  1. Faire l’inventaire : marque, modèle, numéro de série, boîtier d’origine ou non, technologie radio du modem.
  2. Interroger chaque constructeur : accès ISO 15143-3, éléments de données réellement fournis, fréquence de mise à jour.
  3. Repérer les machines à équiper : sans boîtier, ou avec un modem 2G ou 3G à remplacer avant les dates d’arrêt.
  4. Relever les zones de travail et choisir une carte mono-opérateur sur le réseau le mieux placé, ou multi-opérateur si les chantiers changent souvent de région.
  5. Équiper une ou deux machines pilotes et mesurer leur consommation pendant un mois avant de choisir le forfait.
  6. Choisir le format de carte SIM selon les vibrations et les températures, et vérifier l’indice de protection du boîtier.
  7. Fixer les règles d’accès aux données : salariés (CNIL), clients d’un loueur, sous-traitants, durée de conservation.
  8. Tenir un registre engin, boîtier, carte SIM, pour faire suspendre une ligne en cas de vol ou de revente.

Ce que propose M2M Network

M2M Network fournit la connectivité des boîtiers télématiques : des cartes SIM M2M mono-opérateur sur le réseau de votre choix (Orange, SFR ou Bouygues Telecom), qui ne changent pas de réseau d’elles-mêmes, et des cartes SIM IoT multi-opérateurs qui basculent automatiquement d’un réseau à l’autre ; elles existent en SIM physique ou en eSIM. Les options d’IP fixe publique dédiée, de 5G et d’APN privé s’ajoutent selon le besoin, et une offre de data à la consommation, facturée au Mo, permet de mesurer un boîtier pilote. Les cartes se commandent sur la boutique ; pour un parc important, passez par la page contact.

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que la norme ISO 15143-3, dite norme AEMP ?

C’est une spécification technique de l’ISO (ISO/TS 15143-3, édition 2 de janvier 2020) qui décrit comment une application demande, par Internet, les données télématiques d’engins de chantier au serveur d’un fournisseur de télématique. Elle reprend le format soumis par l’AEMP et l’AEM, dont l’approbation par l’ISO a été annoncée en 2016. Elle permet de lire les engins de plusieurs marques dans un même logiciel.

La norme ISO 15143-3 impose-t-elle un réseau mobile ou une carte SIM ?

Non. La fiche de l’ISO précise qu’elle ne couvre ni le recueil des données à bord, ni le protocole embarqué comme le bus CAN, ni la transmission sans fil vers le serveur. Le réseau, la technologie radio et la carte SIM se choisissent à part, pour chaque boîtier.

Quelles données un boîtier télématique remonte-t-il d’un engin de chantier ?

Les schémas de la norme prévoient notamment la position, les heures de fonctionnement et de ralenti, le carburant consommé et restant, le niveau de DEF, les codes défaut et d’alerte, l’état du moteur, le facteur de charge, la distance et les cycles de chargement. Chaque élément est facultatif : demandez au constructeur ou au fournisseur du boîtier la liste de ce qu’il fournit réellement.

Mon engin a un boîtier 2G : que faire avant l’arrêt du réseau ?

Selon l’Arcep, la 2G s’éteint en France métropolitaine d’ici fin décembre 2026, à des dates qui varient selon l’opérateur, et la 3G entre 2028 et fin 2029. Si le modem du boîtier ne gère que la 2G ou la 3G, changer la carte SIM ne suffit pas : il faut remplacer le boîtier par un modèle 4G ou LTE-M, avant la date d’arrêt de votre zone.

Faut-il une carte SIM multi-opérateur pour un engin de chantier ?

Pas toujours. Si le parc travaille dans une zone que vous savez bien couverte par un réseau, une carte mono-opérateur sur ce réseau suffit. Si les engins changent souvent de chantier, une carte multi-opérateur qui bascule automatiquement sur un autre réseau limite les pertes de liaison.

Combien de data consomme la télématique d’un engin ?

Cela dépend du boîtier : fréquence d’envoi des positions, nombre de valeurs lues, codes défaut, mises à jour à distance. La norme ISO 15143-3 ne fixe rien sur ce point. Le plus sûr est de mesurer un ou deux engins pilotes pendant un mois, puis de dimensionner le forfait à partir de cette mesure.

Sources