Par Aurélie, M2M Network.

Le vol de carte SIM M2M consiste à retirer la carte d’un équipement accessible (ascenseur, borne d’appel d’urgence, compteur, feu tricolore) pour l’utiliser dans un téléphone ou un modem, aux frais du titulaire de la ligne : à Aubervilliers, en 2023, le bailleur social a payé 66 000 euros en un mois pour une seule ligne détournée. La protection la plus directe est le verrouillage IMEI, qui n’autorise la carte que dans l’équipement auquel elle est associée. Il se complète d’un profil de service restreint, de plafonds et d’alertes de consommation, d’une carte soudée (format MFF2) quand la conception le permet, et d’une procédure de suspension immédiate.

Des vols bien réels, en France et ailleurs

Le phénomène est documenté depuis 2011 au moins, sur des équipements très différents :

  • Feux tricolores, Johannesburg (Afrique du Sud), janvier 2011 : la Johannesburg Roads Agency soupçonne un réseau organisé de voler les cartes SIM de ses feux pour passer des appels. Plus de 400 des 600 feux de la ville équipés d’une carte SIM, d’un modem et d’un GPS ont été endommagés, pour une remise en état estimée à 8,8 millions de rands. Selon le porte-parole de l’agence, les voleurs savaient quels feux viser.
  • Compteur électrique communicant, Tasmanie (Australie), 2011 : une carte SIM retirée d’un compteur du distributeur Aurora Energy a servi à télécharger des films et à téléphoner. Aurora ne s’en est aperçu qu’à réception d’une facture de trois mois de 193 187,43 dollars australiens. La presse spécialisée a relevé que les cartes n’étaient pas verrouillées sur les compteurs ; Aurora a fait bloquer les cartes concernées avec l’opérateur Telstra.
  • Ascenseurs, France, 2023 : avec l’arrêt des lignes en cuivre, de nombreux ascenseurs appellent les secours par un boîtier GSM (voir notre article sur la téléalarme d’ascenseur en 4G). Plus d’une dizaine de vols ont eu lieu en quelques semaines dans l’agglomération de Rouen (Le Parisien, août 2023), et l’AFP en recensait aussi à Aubervilliers, Marseille et Metz (septembre 2023). À Aubervilliers, plus de 80 des 150 ascenseurs de l’Office public de l’habitat ont été privés de leur carte et 4 000 ménages ont été touchés ; l’office estime à 500 000 euros le montant payé pour ces fraudes.
  • Bornes d’appel d’urgence d’autoroute, été 2024 : selon Le Parisien, repris par Clubic, les vols de cartes SIM sont récurrents depuis début juillet ; le 8 août 2024, un voleur repéré sur l’A4 près de Meaux (Seine-et-Marne) est reparti avec au moins trois cartes.

Ce que coûte une carte volée

  • La facture : la carte reste active tant qu’elle n’est pas suspendue et, dans les cas publiés, c’est le titulaire de la ligne qui paie. Les bailleurs sociaux, pour la plupart propriétaires des cartes de leurs ascenseurs, ont fait les frais des campagnes de SMS frauduleux. « Pour un seul téléphone, on a dû payer 66 000 euros en un mois », témoignait le directeur de l’office d’Aubervilliers.
  • La fraude envers des tiers : les cartes servent à envoyer des SMS frauduleux par milliers, par exemple en se faisant passer pour la Sécurité sociale, sans que les escrocs ouvrent une ligne à leur nom.
  • La panne : sans sa carte, l’ascenseur ne peut plus appeler les secours et doit être arrêté. Selon France 3 Normandie, la remise en service prend en moyenne 10 à 15 jours et les réparations coûtent de 800 à 2 000 euros selon les dégâts.
  • La découverte tardive : en Tasmanie, selon The Register, le vol n’a été remarqué qu’à réception d’une facture couvrant trois mois.

Le scénario se répète : une carte que l’on retire en quelques minutes, qui fonctionne dans n’importe quel appareil, avec des services (voix, SMS, données vers Internet) dont l’équipement d’origine n’a pas besoin. Chacune de ces trois conditions se corrige.

Le verrouillage IMEI : la protection la plus directe

Chaque terminal mobile porte un IMEI (International Mobile station Equipment Identity), un identifiant de 15 chiffres défini par le 3GPP (TS 23.003) : 8 chiffres de code d’allocation de type (TAC), 6 chiffres de numéro de série et un chiffre de contrôle. Selon la norme 3GPP TS 22.016, l’IMEI sert précisément à connaître la présence d’un équipement donné sur le réseau, pour pouvoir agir contre l’usage de matériel volé. Le verrouillage IMEI (IMEI lock, ou appairage SIM et IMEI) associe chaque carte SIM à l’IMEI de son équipement : si la carte se connecte depuis un autre appareil, le service est refusé ou restreint, et une alerte peut être émise.

C’est la solution retenue à Aubervilliers : des cartes programmées pour fonctionner avec un seul appareil, dont l’envoi de SMS est bloqué lorsqu’elles sont utilisées ailleurs. Selon l’office, les vols ont commencé à diminuer, au prix d’environ quatre heures de travail par ascenseur pour installer les nouvelles cartes et reconfigurer les appareils (AFP).

Ne confondez pas avec le SIM lock (simlockage), qui fonctionne en sens inverse : il bride un terminal pour qu’il n’accepte que les cartes d’un opérateur. Il ne protège en rien la carte d’un objet. Trois limites du verrouillage IMEI sont à connaître :

  • remplacer un modem ou un équipement change l’IMEI : il faut mettre à jour l’association, sinon l’objet réparé reste bloqué ;
  • la norme 3GPP TS 22.016 exige que l’IMEI résiste à toute manipulation, physique, électrique ou logicielle, mais le verrouillage reste une barrière parmi d’autres, pas une garantie absolue ;
  • le verrouillage protège la carte ; quand c’est l’équipement entier qui est volé, c’est son IMEI qu’il faut bloquer. La GSMA recommande aux opérateurs de se raccorder à la base centrale CEIR, qui recense les IMEI des appareils perdus ou volés (CLP.14, section 5.7.3).

Les autres protections, à combiner

ProtectionCe qu’elle empêchePoint d’attention
Profil de service restreint : données seules, sans voix ni SMSLes appels et SMS frauduleux, à l’origine des plus grosses facturesLa GSMA recommande de ne pas activer voix et SMS sur une carte qui n’utilise que les données (CLP.14, section 5.1)
Liste de numéros autorisésLes appels et SMS vers d’autres numéros que celui du centre de secours ou de maintenanceAdaptée à un ascenseur ou une borne qui n’appelle qu’un ou deux numéros ; la GSMA cite la liste de numéros préconfigurée
Liste blanche d’adresses IPL’usage des données vers InternetLa carte ne joint que la plateforme de l’équipement
Barrages définis par l’opérateurAppels sortants ou internationaux, numéros surtaxés, itinérance, donnéesMécanisme normalisé (3GPP TS 22.041), d’effet immédiat, prévu pour limiter l’exposition financière
Plafonds et alertes de consommationUne facture qui s’emballe pendant des semainesSeuil par carte, avec alerte ou blocage au dépassement
Carte soudée au format MFF2Le retrait de la carte en quelques minutesBoîtier de 6 mm sur 5 mm soudé sur la carte électronique (ETSI TS 102 671) ; se décide à la conception de l’équipement
Code PINL’usage de la carte dans un appareil qui ne connaît pas le codeAprès trois codes faux, la carte se bloque (ETSI TS 102 221) ; l’équipement doit présenter le code à chaque démarrage

Une carte sans voix, sans SMS et limitée à quelques adresses n’offre plus grand-chose à un voleur qui cherche à envoyer des SMS frauduleux. Pour une borne de recharge, les flux à autoriser sont décrits dans notre article sur la carte SIM pour borne de recharge. Le choix entre carte amovible, carte soudée et eSIM est traité dans notre comparatif eSIM ou carte SIM physique et dans notre article sur l’eSIM M2M.

Côté installation, la carte gagne à être placée dans un boîtier fermé et peu visible. À Johannesburg, les voleurs savaient quels feux portaient une carte : l’information sur l’emplacement des cartes mérite d’être protégée. Un équipement qui signale lui-même la perte de sa liaison donne l’alerte avant la facture.

Vol de carte SIM M2M : la procédure à suivre

  1. Suspendre la ligne immédiatement, depuis le portail de gestion, par l’API ou en appelant votre fournisseur. Chaque jour compte : à Aubervilliers, une seule ligne a coûté 66 000 euros en un mois.
  2. Relever les identifiants : numéro de la carte (ICCID), identité d’abonné (IMSI), numéro de ligne, dernier IMEI connu, date et heure de la dernière communication normale.
  3. Déposer plainte : pour un vol dont l’auteur est inconnu, la plainte peut être déposée en ligne, sinon au commissariat ou à la gendarmerie (Service-Public.fr). Joignez les relevés et, si vous en avez, les images de vidéosurveillance.
  4. Demander le détail des consommations depuis la date du vol, pour chiffrer le préjudice et appuyer votre réclamation auprès du fournisseur, plainte à l’appui.
  5. Contrôler le reste du parc : les équipements du même type et du même secteur, et toutes les cartes dont la consommation ou l’IMEI a changé.
  6. Remplacer et durcir : nouvelle carte verrouillée sur l’IMEI, profil restreint, seuils d’alerte, et si possible un emplacement moins accessible.

Ce que propose M2M Network

M2M Network fournit des cartes SIM M2M sur le réseau Orange, SFR ou Bouygues Telecom au choix et des cartes SIM IoT multi-opérateurs, en SIM physique ou en eSIM. La voix et les SMS dépendent du forfait : pour un équipement qui n’en a pas besoin, demandez une formule qui ne les inclut pas. Une offre de données à la consommation existe également, ainsi qu’un APN privé en option. Les forfaits se commandent dans la boutique ; pour un parc d’ascenseurs, de bornes ou d’alarmes, précisez vos besoins de verrouillage et d’alerte sur notre page contact.

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que le verrouillage IMEI d’une carte SIM ?

C’est l’association d’une carte SIM à l’IMEI, l’identifiant de 15 chiffres de l’équipement dans lequel elle est installée. Si la carte se connecte depuis un autre appareil, le service est refusé ou restreint et une alerte peut être émise. Il faut mettre à jour l’association quand on remplace le modem.

Pourquoi vole-t-on la carte SIM d’un ascenseur ?

Pour disposer d’une ligne qui n’est pas à son nom et envoyer des SMS frauduleux par milliers, aux frais du propriétaire de la carte. En 2023, l’Office public de l’habitat d’Aubervilliers a payé 66 000 euros en un mois pour une seule ligne. Le vol met en plus l’ascenseur à l’arrêt.

Le code PIN suffit-il à protéger une carte SIM M2M ?

Il aide : après trois codes faux, la carte se bloque. Mais l’équipement doit présenter le code à chaque démarrage, et un même code sur tout le parc protège peu s’il est connu. Le verrouillage IMEI et un profil sans voix ni SMS sont plus efficaces.

Qui paie les communications passées avec une carte volée ?

Dans les cas publiés, c’est le titulaire de la ligne : les bailleurs propriétaires des cartes d’ascenseur ont fait les frais des fraudes de 2023. Vérifiez les clauses de votre contrat, suspendez la carte dès le constat et déposez plainte pour appuyer toute réclamation.

Une carte soudée MFF2 empêche-t-elle le vol ?

Elle empêche le retrait rapide : la puce, de 6 mm sur 5 mm, est soudée sur la carte électronique de l’équipement selon la norme ETSI TS 102 671. Le voleur doit emporter tout le module, ce qui demande plus de temps et d’outils. Ce choix se fait à la conception de l’équipement.

Sources