Par Aurélie, M2M Network.

En bref : une carte SIM pour borne de recharge relie la borne à son logiciel de supervision par le réseau mobile (4G ou 5G) quand aucun câble réseau n’arrive jusqu’à la place de stationnement. Pour une borne ouverte au public, cette liaison n’est pas facultative : depuis le 14 octobre 2024, le règlement européen AFIR exige que chaque point de recharge soit « connecté », c’est-à-dire surveillé et commandé à distance, et le décret français sur les infrastructures de recharge impose un système de supervision, sauf pour une petite station isolée. La borne dialogue avec cette supervision en OCPP, un protocole qui consomme peu de données mais réclame une connexion stable : le choix de la carte SIM se joue donc surtout sur la couverture réelle du parking, en particulier en sous-sol.

Cet article s’adresse aux installateurs d’infrastructures de recharge pour véhicules électriques (IRVE), aux exploitants de points de recharge, aux copropriétés et aux entreprises qui équipent leur parking. Il fait le point sur la connectivité d’une borne IRVE : ce que disent les textes, comment fonctionne OCPP en 4G, combien de données prévoir et comment choisir le réseau.

Pourquoi une borne de recharge doit communiquer

Une borne sait délivrer de l’énergie sans réseau. Presque tout le reste passe par sa liaison avec le logiciel central de l’exploitant, appelé système de supervision ou CSMS (Charging Station Management System) :

  • supervision : état de chaque point (libre, en charge, hors service), remontée des défauts, redémarrage à distance ;
  • sessions : autorisation d’un badge ou d’une application, puis remontée de l’énergie délivrée qui sert à la facturation ;
  • paiement : un terminal de carte bancaire ou un paiement par code QR doit joindre son serveur pour valider la transaction ;
  • pilotage de la puissance : répartition de la puissance disponible entre plusieurs bornes et modulation selon des consignes reçues, une brique des réseaux électriques intelligents ;
  • maintenance : mise à jour du micrologiciel (firmware) et collecte des journaux de diagnostic sans déplacer un technicien ;
  • données publiques : disponibilité et prix des bornes ouvertes au public, que l’exploitant doit publier.

Sans liaison, l’exploitant n’apprend une panne que lorsqu’un usager la signale, et aucune des tâches ci-dessus ne peut se faire à distance.

Ce qu’imposent l’AFIR et le droit français aux bornes ouvertes au public

Le règlement (UE) 2023/1804 du 13 septembre 2023, dit AFIR, s’applique depuis le 13 avril 2024. Il vise les points de recharge ouverts au public, notion large : une infrastructure située sur un site ouvert au grand public, sur propriété publique ou privée, même si l’accès au site est soumis à des conditions (parking de commerce, parking payant, voirie). Quatre de ses obligations touchent directement la connectivité :

Obligation (AFIR)Bornes concernées et échéanceConséquence pour la liaison
Point de recharge connecté (article 5, paragraphe 7)Tous les points ouverts au public, au plus tard le 14 octobre 2024La borne envoie et reçoit des informations en temps réel, peut être surveillée et commandée à distance, y compris pour démarrer et arrêter une session (définition de l’article 2)
Recharge intelligente (article 5, paragraphe 8)Points construits après le 13 avril 2024 ou rénovés après le 14 octobre 2024L’intensité fournie est adaptée en temps réel à partir d’informations reçues par communication électronique
Recharge à l’acte (article 5, paragraphe 1)Points déployés à partir du 13 avril 2024 ; au 1er janvier 2027, points de 50 kW ou plus sur le réseau routier RTE-T ou sur une aire de stationnement sûre et sécurisée, y compris ceux déployés avant le 13 avril 2024Lecteur de carte de paiement ou dispositif sans contact ; sous 50 kW, un dispositif connecté à Internet, par exemple un code QR, est admis
Données statiques et dynamiques (article 20)Points ouverts au public, au plus tard le 14 avril 2025Statut opérationnel, disponibilité et prix ad hoc mis à disposition gratuitement par une interface de programmation (API), relayée par le point d’accès national

En France, le décret n° 2017-26 du 12 janvier 2017 relatif aux infrastructures de recharge pour véhicules électriques (version en vigueur consultée sur Légifrance) ajoute trois règles :

  • une infrastructure ouverte au public est exploitée avec un système de supervision qui échange des données avec chaque point de recharge, suit leur état en temps réel et enregistre les paramètres d’usage, dont l’énergie délivrée (article 11). Seule une station isolée de 36 kVA au plus, comptant cinq points au plus et non intégrée à un réseau, en est dispensée ;
  • l’aménageur prend des mesures pour qu’une recharge en cours se poursuive en cas de perte de la communication entre la borne et le centre de supervision (article 24) ;
  • les infrastructures de recharge permettent de piloter la recharge, selon des caractéristiques fixées par arrêté (article 7) ; cet article ne se limite pas aux bornes ouvertes au public, et le décret s’applique aussi aux bornes privées.

Pour une borne privée (copropriété, parking réservé aux salariés), les obligations de l’AFIR sur le paiement et les données ne s’appliquent pas. La connexion reste le moyen le plus simple d’attribuer les consommations à chaque utilisateur, de répartir la puissance disponible et de suivre les pannes.

OCPP en 4G : le protocole qui circule sur la carte SIM

OCPP (Open Charge Point Protocol) est, selon l’Open Charge Alliance qui le maintient, le protocole ouvert de communication entre les bornes et les systèmes de gestion de la recharge. Trois versions coexistent :

  • OCPP 1.6 (2015), décliné en SOAP et en JSON, avec un pilotage de la charge par profils ;
  • OCPP 2.0.1 (2020), qui ajoute notamment des fonctions de sécurité, de gestion des équipements et de pilotage ; sa troisième édition a été approuvée comme norme internationale IEC 63584 en 2024 ;
  • OCPP 2.1 (publiée le 23 janvier 2025), qui étend la 2.0.1 avec la recharge bidirectionnelle, le paiement par terminal de carte bancaire et les codes QR dynamiques pour le paiement à l’acte.

Un point compte pour le choix du réseau : en OCPP sur WebSocket (variante JSON), c’est la borne qui ouvre la connexion vers le serveur et la garde ouverte. La documentation OCPP 1.6 d’ABB pour ses bornes Terra AC précise que le serveur central agit comme serveur WebSocket et la borne comme client, et que les trames de maintien (ping) servent aussi à éviter que l’opérateur réseau ne ferme la connexion après une période d’inactivité. Deux conséquences : une borne en 4G n’a pas besoin d’être joignable depuis Internet pour fonctionner en OCPP, et la stabilité de la liaison compte davantage que le débit.

Le règlement délégué (UE) 2025/656, qui actualise les normes techniques de l’AFIR, fixe les connecteurs et la communication entre le véhicule et la borne (série ISO 15118), mais aucun protocole pour la liaison entre la borne et sa supervision. En avril 2026, l’Open Charge Alliance demandait encore à la Commission européenne de rendre la norme IEC 63584 obligatoire dans le cadre de la révision de l’AFIR. En pratique, exigez une borne compatible OCPP et vérifiez la version acceptée par votre supervision : c’est ce qui permet de changer de logiciel ou d’exploitant sans changer de borne.

Combien de données consomme une borne de recharge

Peu, mais de façon irrégulière. Dans sa documentation, le fabricant de bornes Etrel indique que ses bornes échangent normalement entre 30 et 100 Mo par mois. Le volume dépend surtout de trois réglages :

  • la fréquence d’envoi des mesures pendant la charge : plus elle est élevée et plus la borne est occupée, plus le trafic augmente ;
  • les diagnostics demandés par l’exploitant : un fichier de journaux peut peser quelques Mo selon le niveau de détail et la période couverte ;
  • les mises à jour du micrologiciel : selon le fabricant de la borne, le fichier pèse de 7 à 85 Mo, avec en général moins d’une mise à jour par mois.

Ces chiffres datent de 2022 et décrivent des bornes en OCPP 1.6 : ils donnent un ordre de grandeur, pas une garantie. Retenez surtout qu’une seule mise à jour (jusqu’à 85 Mo) peut dépasser à elle seule un mois de fonctionnement courant (30 à 100 Mo). Un terminal de paiement intégré, un écran ou une caméra ajoutent leur propre trafic, à mesurer à part.

Pour le forfait, dimensionnez sur le mois le plus chargé, celui qui comporte une mise à jour, ou retenez un forfait à la consommation si le parc mélange plusieurs modèles de bornes. Mesurez la consommation réelle des premières bornes installées avant de généraliser, et programmez les mises à jour plutôt que de les subir.

Carte SIM ou liaison filaire pour une borne de recharge ?

CritèreCarte SIM (4G ou 5G)Liaison filaire (Ethernet, fibre)
InstallationAucun câble réseau à tirer jusqu’à la borneCâble à poser jusqu’à chaque borne ou jusqu’au boîtier de gestion
Dépendance au siteIndépendante du réseau informatique du bâtiment ou du commerceDépend de la box, du pare-feu et de l’informaticien du site
Parking en sous-solCouverture à vérifier, antenne déportée parfois nécessaireInsensible à la couverture radio
Parc multi-sitesMême configuration sur tous les sitesConfiguration propre à chaque site
Coût récurrentAbonnement data par borne ou par passerelleSouvent compris dans l’accès Internet du site, mais partagé avec d’autres usages

Les deux se combinent. Une liaison filaire principale peut être doublée d’une carte SIM de secours. À l’inverse, un routeur 4G peut raccorder par câble toutes les bornes d’un même parking : une seule carte SIM suffit alors pour la station, et c’est le volume cumulé des bornes qui dimensionne le forfait.

IP fixe et APN privé pour la supervision

Puisque la borne appelle elle-même la supervision, une adresse IP fixe n’est pas indispensable au protocole OCPP. Elle devient utile dans trois cas :

  • la supervision n’accepte que les connexions venant d’adresses connues ;
  • un technicien doit accéder à distance à l’interface de configuration de la borne ou du routeur ;
  • l’exploitant veut identifier chaque borne par une adresse stable dans ses journaux.

Un APN privé va plus loin : les cartes SIM des bornes sont placées dans un réseau privé et leur trafic rejoint le serveur de supervision sans passer par l’Internet public. Les bornes, installées dans des lieux accessibles à tous, ne sont alors joignables par aucune adresse publique. Pour un exploitant qui gère sa propre supervision, ce serveur peut être hébergé en France sur une infrastructure certifiée ISO 27001, par exemple chez Guardis, qui appartient au même groupe que M2M Network.

Parking en sous-sol : choisir le réseau selon la couverture

Les cartes de couverture ne suffisent pas pour un parking enterré. Depuis juillet 2025, l’outil « Mon réseau mobile » de l’Arcep distingue quatre niveaux de couverture en internet mobile ; même le niveau le plus élevé, « très bonne couverture », n’annonce un usage à l’intérieur des bâtiments que « dans la plupart des cas ». Ces cartes sont théoriques et fournies par les opérateurs, et leurs niveaux parlent de l’extérieur et de l’intérieur des bâtiments, pas d’un deuxième sous-sol. La méthode :

  1. mesurer le signal à l’emplacement exact de chaque borne, sur les réseaux Orange, SFR et Bouygues Telecom, à l’aide d’un terminal de test ;
  2. retenir l’opérateur le mieux reçu au point le plus défavorable, pas à l’entrée du parking ;
  3. si aucun réseau ne passe correctement, déporter l’antenne vers la rampe ou l’extérieur, ou regrouper les bornes derrière un routeur placé là où le signal est bon ;
  4. sur un site où la réception varie d’un opérateur à l’autre, envisager une carte SIM IoT multi-opérateurs, capable d’utiliser plusieurs réseaux ;
  5. couper volontairement la liaison pendant une charge : la session doit se poursuivre (article 24 du décret pour les bornes publiques) et la borne doit se reconnecter seule à la supervision ;
  6. vérifier la technologie radio des bornes déjà installées : un modem 2G ou 3G cessera de fonctionner avec l’extinction de ces réseaux, entre fin septembre et fin décembre 2026 pour la 2G et entre 2028 et fin 2029 pour la 3G selon l’opérateur, d’après l’Arcep (voir notre article sur la fin de la 2G et de la 3G).

Ce que propose M2M Network

M2M Network fournit des cartes SIM M2M sur le réseau Orange, SFR ou Bouygues Telecom au choix, ainsi que des cartes SIM IoT multi-opérateurs, en format physique ou eSIM, avec les options IP fixe, 5G et APN privé. L’APN privé permet de raccorder un parc de bornes à sa supervision sans l’exposer sur l’Internet public. Les forfaits data se commandent en ligne sur la boutique ; un parc de bornes ou une architecture APN privé vers votre serveur relève d’une offre sur mesure.

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Questions fréquentes

Une borne de recharge doit-elle obligatoirement être connectée ?

Pour une borne ouverte au public, oui. Le règlement AFIR impose depuis le 14 octobre 2024 que tous les points de recharge ouverts au public soient connectés, donc surveillés et commandés à distance, et le décret n° 2017-26 exige un système de supervision, sauf pour une petite station isolée. Pour une borne privée, l’AFIR n’impose pas de connexion, mais le décret prévoit que l’infrastructure permette de piloter la recharge.

Quel forfait data prévoir pour une borne OCPP en 4G ?

Le fabricant Etrel indique que ses bornes échangent normalement entre 30 et 100 Mo par mois, et qu’une mise à jour du micrologiciel pèse de 7 à 85 Mo selon le fabricant. Dimensionnez le forfait sur un mois comportant une mise à jour, puis ajustez après avoir mesuré la consommation réelle de vos bornes.

Faut-il une IP fixe pour une borne de recharge en 4G ?

Pas pour OCPP : c’est la borne qui ouvre la connexion vers la supervision. Une IP fixe sert si la supervision filtre les adresses, si un technicien doit accéder à la borne à distance ou si l’exploitant veut identifier chaque borne par une adresse stable. Un APN privé évite en plus d’exposer les bornes sur l’Internet public.

Comment connecter une borne dans un parking souterrain ?

Mesurez le signal des trois opérateurs à l’emplacement de chaque borne et retenez le meilleur au point le plus défavorable. Si le signal est insuffisant, déportez l’antenne vers la rampe ou l’extérieur, ou raccordez les bornes par câble à un routeur 4G bien placé. Une SIM IoT multi-opérateurs aide quand la réception varie selon le réseau.

Quelle version d’OCPP choisir ?

Celle que votre supervision accepte. OCPP 1.6 (2015) était en 2022, selon le fabricant Etrel, le protocole de la plupart des bornes récentes ; OCPP 2.0.1 (2020) apporte des fonctions de sécurité et correspond à la norme IEC 63584, et OCPP 2.1 (2025) ajoute la recharge bidirectionnelle et le paiement par terminal de carte. OCPP 2.1 conserve la logique applicative de la 2.0.1, mais OCPP 1.6 n’est pas compatible avec la 2.1.

Sources