Par Aurélie, M2M Network.
En bref : l’eIM (eSIM IoT remote Manager) est le serveur qui décide, pour chaque objet d’un parc en eSIM IoT, quel profil d’opérateur télécharger, activer ou supprimer. Celui qui l’opère tient la clé du changement d’opérateur : la puce n’exécute, sauf exception configurée dans la puce, que les ordres signés par un eIM qui lui est associé, et c’est cet eIM qui autorise, ou non, l’arrivée d’un autre. Le fabricant de l’objet, l’intégrateur, l’opérateur, un prestataire spécialisé ou l’exploitant lui-même peuvent l’opérer ; le choix se fait dès la conception et se négocie dans le contrat.
La norme elle-même, SGP.32 de la GSMA, est expliquée dans notre article sur SGP.32 et l’eSIM IoT. Celui-ci traite de l’exploitation : ce que fait l’eIM au quotidien, qui peut le tenir, ce que l’interopérabilité garantit vraiment, où sont les risques de dépendance et quelles questions poser avant de choisir.
Le rôle de l’eIM dans un parc d’eSIM IoT
La GSMA, l’association mondiale des opérateurs mobiles, définit l’eIM dans son document d’architecture SGP.31 (version 1.3 du 22 mai 2026) comme l’élément chargé des opérations de gestion des profils sur un objet ou sur une flotte d’objets. Il peut être un serveur autonome ou un composant d’une plateforme plus large, par exemple une plateforme de gestion d’objets. Au quotidien, ses tâches sont les suivantes :
- déclencher le téléchargement d’un profil d’opérateur, que l’objet récupère auprès de la plateforme de cet opérateur (le SM-DP+) ;
- envoyer des ordres signés à la puce : activer, désactiver, supprimer ou lister les profils ; hors exceptions configurées dans la puce, elle refuse tout ordre qui n’est pas signé par un eIM associé ;
- demander le retour arrière : si l’objet ne parvient pas à joindre l’eIM avec le profil fraîchement activé, la puce revient au profil précédent ;
- recevoir les comptes rendus : la puce renvoie un résultat signé pour chaque opération, et l’eIM transmet les notifications aux plateformes des opérateurs ;
- gérer les eIM associés à la puce, quand il prend en charge cette fonction : en ajouter un, en retirer un.
La norme tient compte des objets qui dorment. Ses principes prévoient que des opérations s’exécutent longtemps après leur émission, quand l’objet sort de veille (modes PSM ou eDRX), et qu’elles soient automatisées sur un grand nombre d’objets. En pratique, l’eIM devient l’outil de campagne du parc : la bascule d’un lot de compteurs vers un autre opérateur se programme depuis lui, avec un compte rendu signé par chaque puce. Il s’ajoute aux outils de gestion de flotte M2M sans les remplacer.
Qui peut opérer l’eIM
SGP.31 ne réserve l’eIM à personne. Elle vise explicitement l’entité qui gère une flotte, qu’il s’agisse du propriétaire ou de l’utilisateur des objets, d’une entreprise, d’un fournisseur de service mobile ou d’un prestataire IoT. Son annexe B décrit quatre moments où un eIM peut être associé à la puce : chez le fabricant de la puce, pendant la production de l’objet (au sens large : module, objet, entrepôt, logisticien, technicien), sur le terrain par une plateforme déjà en lien avec l’objet, ou par un eIM déjà associé qui en ajoute un autre.
| Qui opère l’eIM | Ce que l’exploitant gagne | Ce qu’il doit verrouiller |
|---|---|---|
| Le fabricant de l’objet | Un produit unique, livré prêt à recevoir des profils | Les conditions dans lesquelles le fabricant associera votre propre eIM ou celui d’un tiers |
| L’intégrateur ou la plateforme IoT | Un seul outil pour les objets, les données et la connectivité | La réversibilité de la plateforme et la sortie des données (liste des EID, historique) |
| L’opérateur ou le MVNO | La connectivité et la gestion des profils chez un même interlocuteur | La possibilité de charger les profils d’un autre opérateur et d’associer un autre eIM |
| Un prestataire eIM indépendant | Une neutralité entre opérateurs | Sa certification, sa pérennité et les conditions de transfert en cas de défaillance |
| L’exploitant lui-même | Le contrôle complet du changement d’opérateur | L’exploitation, la sécurité et la preuve d’évaluation exigées pour un serveur critique |
Aucune de ces options n’est meilleure dans l’absolu. Un fabricant qui vend un service complet peut vouloir garder la main ; un acheteur public de capteurs a intérêt à ce que l’eIM puisse changer de mains sans intervention sur le terrain.
Interopérabilité : ce que la norme garantit, et ce qu’elle laisse ouvert
SGP.32 normalise les échanges entre l’eIM et l’assistant logiciel de l’objet, l’IPA (interface ESipa), ainsi qu’entre l’eIM et les plateformes des opérateurs. Sur l’interface ESipa, les ordres circulent soit parce que l’objet vient les chercher, soit parce que l’eIM les pousse, en HTTPS ou en CoAP sécurisé par DTLS ; un mode « propriétaire » est aussi prévu. La norme impose à l’eIM comme à l’IPA d’en prendre en charge au moins un, et aux deux d’utiliser le même. Un eIM et un objet tous deux annoncés « SGP.32 » ne dialogueront donc que s’ils partagent un mode ; SGP.32 recommande d’ailleurs à un eIM destiné à des objets variés de prendre en charge les deux procédures.
D’autres points restent du ressort de chaque fournisseur. La délivrance, la vérification et la révocation des certificats avec lesquels l’eIM signe ses ordres sont, selon SGP.32, « spécifiques à l’implémentation » et hors du champ de la norme. Les certificats qui protègent la liaison peuvent être autosignés ou émis par une autorité privée. Quant au fonctionnement interne de l’eIM, SGP.31 indique qu’elle ne le décrit pas.
L’écosystème le reconnaît. Dans un article publié par la GSMA en mai 2026, l’interopérabilité entre puces, logiciels et plateformes est présentée comme la préoccupation centrale du déploiement de l’eSIM IoT. Les fournisseurs publient leurs propres essais : Kigen, en annonçant en janvier 2025 l’accréditation de son eIM, affirmait l’avoir testé avec les principales plateformes SM-DP+ et avec des modules de Murata, Neoway, Nordic Semiconductor, Sequans et SIMCom.
Les risques de dépendance
L’eSIM promet de changer d’opérateur sans toucher aux objets. Juniper Research estimait en juin 2025 que SGP.32 permettra aux entreprises de changer de fournisseur de connectivité plus souvent et mettra fin à l’enfermement chez un fournisseur. Cela suppose de ne pas recréer cet enfermement au niveau de l’eIM. Cinq points le déterminent.
- L’eIM en place contrôle l’arrivée des suivants. Une fois un eIM associé, la puce n’accepte plus de modification de sa configuration eIM que signée par un eIM associé ; SGP.31 précise que l’ajout d’autres eIM relève de la responsabilité de l’eIM associé.
- La remise à zéro est facultative. La norme permet, sans l’imposer, une fonction qui efface toute la configuration eIM de la puce, protégée contre les abus. Si la puce ne l’offre pas, un eIM qui refuse de céder la place laisse peu d’issues sans intervention physique.
- Plusieurs eIM sont possibles. SGP.31 autorise une puce associée à zéro, un ou plusieurs eIM. Associer dès la production un second eIM, le vôtre ou celui d’un tiers de confiance, est la parade la plus simple.
- La porte de secours doit être connue. Une puce peut accepter un profil téléchargé depuis une plateforme d’opérateur désignée par défaut, sans ordre signé de l’eIM. Ce comportement se configure ; une fois un eIM associé, lui seul peut le modifier.
- Un eIM compromis touche tout le parc. L’analyse des risques de SGP.31 cite un attaquant capable d’exécuter des opérations illégitimes sur de nombreuses puces ou de désactiver et supprimer des profils jusqu’à la perte de connectivité ; elle relève aussi le risque de suivre un objet grâce à l’identifiant de sa puce (EID) capté entre l’eIM et l’objet. La norme demande que l’eIM soit opéré avec des mesures de sécurité contre ces menaces.
Reste le point le plus simple : un eIM ne crée pas de profil. Il faut qu’un opérateur prépare des profils pour vos puces sur sa plateforme (SM-DP+). Et changer de profil n’est pas basculer de réseau : pour la couverture, voir notre article sur la carte SIM multi-opérateur.
Certification et état du marché en octobre 2026
SGP.31 prévoit un processus de conformité pour l’eIM, mais déclarer un eIM conforme reste facultatif. Lorsqu’il l’est, des preuves de sécurité doivent être apportées par une évaluation tierce : le texte cite une accréditation SAS de la GSMA, la certification ISO/IEC 27001:2022 « ou similaire ». La base des produits déclarés conformes est réservée aux membres de la GSMA ; la liste des sites accrédités, elle, est publique.
Cette liste donne une mesure concrète de l’offre. Le schéma SAS-SM de la GSMA, qui accrédite les sites gérant les profils, comporte une colonne eIM. Consultée le 21 octobre 2026, elle compte 52 sites SAS-SM, dont 30 avec l’eIM dans leur périmètre : 25 en certification complète et 5 en certification provisoire. Trois sont en France : IDEMIA France à Saint-Denis, Tata Communications France à Paris et Thales DIS France à La Ciotat. Kigen a annoncé le 19 janvier 2025 ce qu’elle présentait comme la première accréditation SAS-SM complète d’un site exploitant un eIM, à Dublin.
| Date | Repère |
|---|---|
| 19 janvier 2025 | Kigen annonce une accréditation SAS-SM complète pour son site de Dublin qui exploite un eIM |
| Juin 2025 | Juniper Research attend les premiers déploiements SGP.32 vers la fin de 2025 |
| Octobre 2025 | AT&T et Thales présentent une solution eSIM standardisée fondée sur SGP.32 (GSMA, Mobile Economy 2026) |
| 23 mars 2026 | GSMA Intelligence relève la montée en charge des services commerciaux fondés sur SGP.32 |
| Mai 2026 | Article de la GSMA : l’interopérabilité reste la préoccupation centrale, et la plupart des clients n’ont pas encore de stratégie selon IDEMIA |
| 21 octobre 2026 | 30 sites SAS-SM ont l’eIM dans leur périmètre |
Côté puces, la liste publique des certifications de sécurité eSA de la GSMA compte 28 certificats délivrés depuis 2025 selon le profil de protection « Consumer and IoT », dont plusieurs pour des produits dont le nom mentionne SGP.32. Le marché est donc équipé en briques certifiées ; ce qui manque encore, selon le même article de la GSMA, ce sont des stratégies d’exploitation chez les clients.
Les questions à poser avant de choisir un eIM
- Qui opère l’eIM, où est-il hébergé, et le site figure-t-il dans la liste SAS-SM de la GSMA avec l’eIM dans son périmètre ?
- L’eIM a-t-il été déclaré conforme auprès de la GSMA, et quelle évaluation de sécurité par un tiers le prestataire peut-il produire ?
- À quel moment l’eIM sera-t-il associé à vos puces : chez le fabricant de la puce, à la production de l’objet ou sur le terrain ?
- Pourrez-vous associer un second eIM, et le contrat oblige-t-il l’eIM en place à signer cette association ou son propre retrait ?
- La puce offre-t-elle une remise à zéro de la configuration eIM, et qui peut la déclencher ?
- Quel mode d’échange l’eIM prend-il en charge avec l’objet : HTTPS ou CoAP sécurisé, ordres récupérés par l’objet ou poussés par l’eIM, ou protocole propriétaire ?
- L’assistant IPA est-il dans l’objet (IPAd) ou dans la puce (IPAe), et a-t-il été testé avec cet eIM ?
- Quels opérateurs livrent déjà des profils par cet eIM sur vos marchés, et à quelles conditions ?
- Combien de temps l’eIM conserve-t-il un ordre en attente pour un objet en veille ?
- Qui reçoit les identifiants EID et les comptes rendus, et où ces données sont-elles conservées ?
Ce que propose M2M Network
M2M Network fournit des cartes SIM M2M en eSIM ou en SIM physique, mono-opérateur sur le réseau d’Orange, de SFR ou de Bouygues Telecom au choix, ainsi que des SIM IoT multi-opérateurs qui basculent automatiquement d’un réseau à l’autre, avec IP fixe, 5G ou APN privé en option. Pour un parc en eSIM piloté par un eIM, indiquez dans votre demande via le formulaire de contact la norme prise en charge par vos modules et l’eIM envisagé. Les serveurs applicatifs du parc peuvent être hébergés en France par Guardis, société du groupe, sur une infrastructure certifiée ISO 27001 et HDS, et reliés aux objets par un APN privé sans passer par l’Internet public.
À lire aussi
- SGP.32 : la norme eSIM IoT expliquée
- Formats de carte SIM : du 2FF à l’iSIM, ce qui arrive pour les objets connectés
- eSIM M2M et IoT : comment ça marche
Questions fréquentes
L’eIM (eSIM IoT remote Manager) est le serveur qui pilote les profils d’opérateurs des eSIM IoT conformes à la norme SGP.32 de la GSMA. Il déclenche les téléchargements de profils et envoie à la puce des ordres signés pour les activer, les désactiver ou les supprimer, sur un objet ou sur toute une flotte.
Pas au sens strict : la norme SGP.31 admet une puce associée à aucun eIM, et une puce peut accepter un profil venant d’une plateforme d’opérateur désignée par défaut. Mais sans eIM, il n’y a pas de pilotage à distance des profils du parc, ce qui fait l’intérêt principal de l’eSIM IoT pour un parc.
Oui, si l’eIM en place y consent : c’est lui qui signe l’ajout d’un nouvel eIM dans la puce. Une puce peut aussi être associée à plusieurs eIM, et certaines offrent une remise à zéro protégée de leur configuration, que la norme rend facultative. Ces points se vérifient avant l’achat.
Non. L’eIM gère les profils présents dans la puce de chaque objet ; il peut être autonome ou intégré à une plateforme plus large. La gestion des lignes et des forfaits côté opérateur reste un autre outil, même si la norme permet d’intégrer l’eIM à une plateforme plus large.
La GSMA publie la liste des sites accrédités SAS-SM, avec une colonne indiquant si l’eIM entre dans le périmètre : 30 sites sur 52 au 21 octobre 2026. La déclaration de conformité d’un eIM est facultative, et la base des produits déclarés n’est accessible qu’aux membres de la GSMA : demandez directement les justificatifs au prestataire.
Sources
- GSMA, SGP.31 eSIM IoT Architecture and Requirements, version 1.3 (22 mai 2026) : https://www.gsma.com/solutions-and-impact/technologies/esim/wp-content/uploads/2026/05/SGP.31-v1.3.pdf
- GSMA, SGP.32 eSIM IoT Technical Specification, version 1.3 (22 mai 2026) : https://www.gsma.com/solutions-and-impact/technologies/esim/wp-content/uploads/2026/05/SGP.32-v1.3.pdf
- GSMA, eSIM Compliance : https://www.gsma.com/solutions-and-impact/technologies/esim/compliance/
- GSMA Industry Services, SAS Accredited Sites (liste consultée le 21 octobre 2026) : https://www.gsmaservices.com/assurance-services/security-accreditation-scheme-sas/sas-accredited-sites/
- GSMA Industry Services, eSA Certified Products (liste consultée le 21 octobre 2026) : https://www.gsmaservices.com/assurance-services/euicc-security-assurance-esa/esa-certified-products/
- Kigen, Kigen is the first site to achieve full GSMA SAS-SM accreditation for eSIM IoT remote Manager (eIM) (19 janvier 2025) : https://kigen.com/resources/news/first-gsma-sas-sm-for-eim/
- GSMA, eSIM mass market deployment moves from forecast to fact (mai 2026) : https://www.gsma.com/solutions-and-impact/technologies/esim/gsma_resources/esim-mass-market-deployment-moves-from-forecast-to-fact/
- Juniper Research, Cellular IoT: Latest GSMA eSIM Standard Critical to 6.5 billion Connections Globally by 2030 (10 juin 2025) : https://www.juniperresearch.com/press/cellular-iot-latest-gsma-esim-standard-critical-to-6bn/
- GSMA, The Mobile Economy 2026 (février 2026) : https://www.gsma.com/solutions-and-impact/connectivity-for-good/mobile-economy/wp-content/uploads/2026/02/The-Mobile-Economy-2026.pdf
- GSMA Intelligence, Industry Checkpoint: IoT, Q1 2026 (23 mars 2026) : https://www.gsmaintelligence.com/research/industry-checkpoint-iot-q1-2026