Par Aurélie, M2M Network.

En bref : la télésurveillance d’un poste de relevage transmet en continu vers un poste central les niveaux d’eau dans la bâche, l’état des pompes et les alarmes, dont le niveau très haut qui annonce un débordement. En 4G, le télétransmetteur du poste envoie ces informations par le réseau mobile, ce qui remplace les liaisons par ligne téléphonique analogique (RTC) et par 2G, deux réseaux en cours de fermeture. Pour les ouvrages soumis à l’autosurveillance réglementaire, l’arrêté du 21 juillet 2015 impose en plus de mesurer les déversements et d’en transmettre les résultats chaque mois.

Cet article s’adresse aux collectivités, régies, délégataires et bureaux d’études qui exploitent ou conçoivent des réseaux d’assainissement et d’eau. Il fait le point sur la télégestion en 4G : ce que l’on mesure, ce que la réglementation exige, quelle technologie radio retenir et comment sécuriser l’ensemble.

Télésurveillance d’un poste de relevage : ce que l’on surveille

Un poste de relevage, ou de refoulement, remonte les eaux usées d’un point bas vers la suite du réseau. Sa panne ne se voit pas depuis la rue : la bâche se remplit, puis l’effluent part par le trop-plein ou refoule dans le réseau amont. La télétransmission du poste sert à le savoir avant. Elle remonte en général :

  • les niveaux dans la bâche : sonde de mesure continue et contacteurs de niveau (bas, démarrage des pompes, niveau très haut) ;
  • l’état des pompes : marche, arrêt, défaut, temps de fonctionnement, nombre de démarrages ;
  • les alarmes : niveau très haut, déversement par le trop-plein, défaut d’alimentation électrique, ouverture du capot ou de l’armoire ;
  • les débits : estimés à partir des temps de marche ou mesurés par un débitmètre.

Ces données ne servent pas qu’à l’astreinte. Le commentaire technique de l’arrêté du 21 juillet 2015, publié par le ministère chargé de l’environnement, rappelle qu’une pompe seule n’est pas un instrument de mesure, mais qu’en combinant le temps de marche des pompes et les hauteurs d’eau dans la bâche, on obtient une estimation assez fiable des volumes et des débits. Pour une station de traitement alimentée par un poste de pompage, il cite la détection de niveau très haut et le comptage des temps de fonctionnement des pompes parmi les moyens de vérifier l’existence de déversements. Il demande aussi de vérifier périodiquement la bonne transmission des données vers la supervision.

Ce qu’impose l’arrêté du 21 juillet 2015 sur l’autosurveillance

L’arrêté du 21 juillet 2015 relatif aux systèmes d’assainissement collectif (version consolidée en vigueur consultée sur Légifrance) organise l’autosurveillance du système de collecte à son article 17. Les seuils s’expriment en charge brute de pollution organique par temps sec, en kilogrammes de DBO5 par jour. Par convention, un équivalent-habitant correspond à 60 g de DBO5 par jour : 120 kg/j représentent donc 2 000 équivalents-habitants et 600 kg/j en représentent 10 000.

OuvrageSeuil (tronçon amont, temps sec)Surveillance exigée
Déversoir d’orage, y compris le trop-plein d’un poste de pompage situé à l’aval d’un secteur en réseau unitaire (assimilé à un déversoir d’orage par l’article 2)120 kg/j de DBO5 ou plusMesurer le temps de déversement journalier et estimer les débits déversés
Déversoir d’orage qui déverse plus de dix jours par an en moyenne quinquennale600 kg/j de DBO5 ou plusMesurer et enregistrer en continu les débits, estimer la charge polluante rejetée (DBO5, DCO, MES, NTK, Ptot)
Trop-plein d’un réseau séparatif, par exemple celui d’un poste de relevage120 kg/j de DBO5 ou plusMesurer le temps de déversement journalier

Pour les déversoirs d’orage, le préfet peut remplacer la surveillance de chaque ouvrage par celle des déversoirs qui représentent au moins 70 % des rejets annuels. L’arrêté ne prescrit aucune technologie de transmission. Il impose en revanche un rythme et un format (article 19) : les résultats d’autosurveillance du mois N sont transmis dans le courant du mois N+1 au service chargé du contrôle et à l’agence ou à l’office de l’eau, par voie électronique, selon le scénario d’échange défini par le SANDRE (service d’administration nationale des données et référentiels sur l’eau). En cas de dépassement des valeurs limites, l’information du service de contrôle est immédiate.

Deux autres articles concernent directement l’exploitation des postes. Le maître d’ouvrage tient à jour un registre des incidents, des pannes et des mesures prises pour y remédier (article 11). Les systèmes de 12 kg/j de DBO5 ou plus font l’objet d’une analyse des risques de défaillance, de leurs effets et des mesures prévues pour remédier aux pannes (article 4). Relever chaque jour des temps de déversement sur des dizaines d’ouvrages dispersés n’est guère tenable en tournée : les alarmes horodatées d’une télétransmission alimentent à la fois les mesures, le registre et l’analyse des risques.

Fin du RTC et de la 2G : des transmetteurs à remplacer

Beaucoup de postes sont équipés de transmetteurs qui appellent par une ligne téléphonique analogique ou envoient leurs alarmes par le réseau 2G. Les deux réseaux ferment :

  • RTC : Orange a cessé de produire de nouvelles lignes analogiques en métropole le 15 novembre 2018, et l’Arcep citait dès cette époque la supervision, la télésurveillance et la télérelève parmi les usages machine à machine du RTC à faire migrer. Le réseau cuivre qui porte ces lignes ferme par lots : sa fermeture technique a commencé le 31 janvier 2025 et doit s’achever fin 2030 ;
  • 2G : selon l’Arcep (page mise à jour le 10 septembre 2026), Orange généralise l’extinction de fin septembre à fin décembre 2026 (Free Mobile, sans 2G en propre, suit ce calendrier), SFR prévoit l’arrêt le 15 novembre 2026, et Bouygues Telecom commence le 15 novembre 2026 à Brest, Guipavas, Nancy et Vandœuvre-lès-Nancy avant de généraliser du 1er au 15 décembre 2026 ;
  • 3G : 2028 chez Orange, fin 2028 chez SFR, fin 2029 chez Bouygues Telecom.

L’Arcep cite explicitement les « systèmes de gestion de l’eau » parmi les équipements d’entreprises et de collectivités qui peuvent encore dépendre de la 2G ou de la 3G. Changer la carte SIM ne suffit pas quand le modem du transmetteur ne connaît que la 2G : c’est le transmetteur, ou son module radio, qu’il faut remplacer. Le cas des alarmes, très proche, est détaillé dans notre article sur la fin de la 2G et de la 3G. Côté réseau de remplacement, l’Arcep indique que plus de 99,8 % des sites d’émission 2G et 3G sont déjà équipés en 4G.

Télégestion de l’eau en 4G, LTE-M ou NB-IoT : quelle technologie pour quel ouvrage

Le choix dépend d’abord de l’alimentation électrique de l’équipement.

ÉquipementAlimentationTechnologie adaptéeRaison
Poste de relevage ou de refoulement avec armoire électriqueSecteur4GAlarmes transmises dès leur survenue, dialogue permanent avec la supervision, télémaintenance, débit suffisant pour des journaux ou des mises à jour
Capteur de niveau ou de surverse dans un regard, déversoir sans énergiePileLTE-M ou NB-IoTTechnologies conçues pour des objets qui émettent peu et doivent durer des années sur batterie
Station ou réservoir déjà raccordé par une liaison filaireSecteur4G en secoursMaintenir la remontée des alarmes si la liaison principale tombe

LTE-M (catégorie Cat-M1) et NB-IoT ont été spécifiés dans la Release 13 de la 3GPP. Selon le livre blanc de la GSMA consacré à ces technologies (2016), la 3GPP a fixé à LTE-M un objectif d’amélioration de la couverture d’au moins 15 dB, et les deux technologies peuvent atteindre plus de dix ans d’autonomie sur batterie pour un large éventail d’usages, grâce aux modes d’économie d’énergie PSM et eDRX. La GSMA relie cette autonomie au profil de trafic et aux conditions de couverture : un capteur qui transmet souvent, ou depuis un regard mal couvert, consomme davantage. La disponibilité de ces réseaux varie selon l’opérateur et la zone ; vérifiez-la avant de choisir un capteur. Nos guides comparent LTE-M et NB-IoT et présentent les autres technologies LPWAN.

Sécuriser la télétransmission : les recommandations de l’ANSSI

Un télétransmetteur qui commande des pompes fait partie d’un système industriel. Le guide de l’ANSSI « La cybersécurité des systèmes industriels : mesures détaillées » (ANSSI-PA-108, novembre 2025) cite l’assainissement des eaux parmi les domaines concernés et constate que les solutions de télégestion et de télémaintenance offrent dans de nombreux cas un niveau de sécurité faible. Ses recommandations s’appliquent directement à un parc de postes en 4G :

  • interdire les accès directs depuis le système industriel vers Internet et depuis Internet vers le système industriel (recommandations R122 et R123) : un transmetteur ne doit pas être joignable par une adresse publique ouverte à tous ;
  • garantir la confidentialité, l’intégrité et l’authenticité des flux entre sites, par exemple avec un tunnel VPN IPsec (R124) ;
  • pour la télémaintenance, établir les connexions à la demande et pour une durée définie, authentifier l’équipement distant, journaliser les authentifications et couper après inactivité (R129) ;
  • privilégier des liaisons maîtrisées plutôt qu’un raccordement par Internet ou par un réseau opérateur (R136, pour les systèmes de classe 2 et plus) et limiter les technologies sans fil au strict nécessaire (R142), le guide rappelant qu’un réseau sans fil peut être dégradé par un brouillage radio.

Le guide indique que les réseaux sans fil, dont la 4G et la 5G, peuvent dans certains cas servir de solution de secours aux réseaux filaires. Là où le RTC disparaît sans liaison filaire de remplacement, la 4G devient la liaison principale et ces mesures prennent tout leur poids. En pratique : un APN privé place les cartes SIM des transmetteurs dans un réseau fermé, sans adresse publique ; un tunnel VPN protège les échanges jusqu’à la supervision ; celle-ci peut être hébergée en France sur une infrastructure certifiée ISO 27001, par exemple chez Guardis, du même groupe que M2M Network. Pour les ouvrages les plus critiques, conservez une liaison filaire quand elle existe et utilisez la 4G en secours.

Couverture : vérifier poste par poste

Un poste de relevage est souvent implanté en point bas, avec une armoire métallique et parfois des équipements en fosse, autant de situations qui affaiblissent le signal. Selon l’Arcep, la 4G couvre plus de 99,9 % de la population métropolitaine, mais un poste n’est pas un logement. Les cartes « Mon réseau mobile » sont théoriques : même le niveau « très bonne couverture » n’annonce un usage à l’intérieur des bâtiments que « dans la plupart des cas ». Seule une mesure sur site, armoire fermée, sur chacun des réseaux Orange, SFR et Bouygues Telecom, permet de choisir l’opérateur. Si la réception varie d’un poste à l’autre, une carte SIM IoT multi-opérateurs, capable d’utiliser plusieurs réseaux, simplifie la gestion du parc ; si le signal reste faible, une antenne déportée hors du coffret peut améliorer la réception.

Migrer un parc de télétransmetteurs en six étapes

  1. Inventorier chaque poste : technologie du transmetteur (RTC, 2G, 3G, 4G), opérateur, alimentation, présence d’un trop-plein et charge du tronçon amont en kg/j de DBO5.
  2. Prioriser : d’abord les transmetteurs 2G, dont le réseau s’éteint d’ici fin 2026, puis les ouvrages soumis à l’autosurveillance de l’article 17 et ceux dont la défaillance aurait le plus d’effet selon l’analyse des risques.
  3. Mesurer la couverture sur chaque site, armoire fermée, sur les trois réseaux, et choisir l’opérateur ou une SIM multi-opérateurs.
  4. Choisir la technologie : 4G pour les postes alimentés, LTE-M ou NB-IoT pour les capteurs sur pile, après vérification de la disponibilité du réseau.
  5. Définir l’architecture de sécurité : APN privé, tunnel VPN vers la supervision, télémaintenance à la demande et journalisée.
  6. Tester de bout en bout avant la coupure : alarme de niveau très haut jusqu’à l’astreinte, temps de déversement jusqu’au fichier SANDRE transmis, reprise après une coupure de courant.

Ce que propose M2M Network

M2M Network fournit des cartes SIM M2M sur le réseau Orange, SFR ou Bouygues Telecom au choix, et des cartes SIM IoT multi-opérateurs pour les sites où la réception varie selon le réseau, en format physique ou eSIM. Les options IP fixe, 5G et APN privé sont disponibles ; l’APN privé permet de relier les transmetteurs à votre supervision sans passer par l’Internet public, y compris vers un serveur hébergé en France chez Guardis. Les forfaits data se commandent sur la boutique ; un parc de postes ou une architecture APN privé relève d’une offre sur mesure.

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Questions fréquentes

La télésurveillance des postes de relevage est-elle obligatoire ?

L’arrêté du 21 juillet 2015 n’impose pas la télésurveillance en tant que telle. Il impose, pour les trop-pleins et déversoirs situés à l’aval de tronçons de 120 kg/j de DBO5 ou plus, de mesurer le temps de déversement journalier et de transmettre les résultats chaque mois. La télétransmission est le moyen pratique de tenir ces obligations sur des ouvrages dispersés.

Un transmetteur 2G peut-il continuer à fonctionner avec une nouvelle carte SIM ?

Non si son modem ne gère que la 2G : une fois le réseau éteint dans la zone, aucune carte SIM ne le fera fonctionner. Il faut remplacer le transmetteur, ou son module radio, par un modèle 4G, puis y insérer une carte SIM adaptée.

Quand le RTC et la 2G s’arrêtent-ils ?

Selon l’Arcep, la 2G s’éteint en France métropolitaine entre fin septembre et fin décembre 2026 selon l’opérateur, et la 3G entre 2028 et fin 2029. Orange ne produit plus de nouvelles lignes analogiques depuis le 15 novembre 2018, et la fermeture technique du réseau cuivre se déroule par lots du 31 janvier 2025 à fin 2030.

4G ou LTE-M pour un poste de relevage ?

Pour un poste alimenté sur secteur, la 4G convient : elle transmet les alarmes dès qu’elles surviennent et permet la télémaintenance. LTE-M et NB-IoT, issus de la Release 13 de la 3GPP, visent plutôt les capteurs sur pile placés dans des regards ou des déversoirs sans énergie, sous réserve que le réseau soit disponible sur place.

Comment sécuriser des télétransmetteurs en 4G ?

Évitez toute adresse publique joignable depuis Internet, placez les cartes SIM dans un APN privé et protégez les flux jusqu’à la supervision par un tunnel VPN, comme le recommande l’ANSSI pour les systèmes industriels. Ouvrez la télémaintenance à la demande, pour une durée définie, avec authentification et journalisation.

À quel rythme transmettre les données d’autosurveillance ?

L’article 19 de l’arrêté du 21 juillet 2015 prévoit la transmission des résultats du mois N dans le courant du mois N+1, par voie électronique selon le scénario d’échange du SANDRE, au service chargé du contrôle et à l’agence ou à l’office de l’eau. Un dépassement des valeurs limites est signalé immédiatement au service de contrôle.

Sources